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De la fabrication du papyrus au secret des hiéroglyphes

Publié le par MG

La fascination qu'exerce aujourd'hui l'Égypte ancienne découle principalement de son écriture. Les hiéroglyphes, petits dessins décoratifs disposés en rangées ou en colonnes, en sont la manifestation. D'origine divine – ce serait le dieu Thot qui les enseigna aux Hommes -, ces caractères figuratifs utilisés du début du IVe millénaire avant notre ère jusqu'au IIIe siècle, ne ressemblent à un aucun autre système d'écriture. Leur décryptage au XIXe siècle a rompu, comme l'écrivait Chateaubriand dans ses Mémoires d'Outre-Tombe, « un sceau mis sur les lèvres du désert » et levé ainsi le voile sur plus de 3000 ans d'histoire et d'art.

 

Les Égyptiens ont inscrit leur histoire sur les parois de leurs monuments mais aussi sur des rouleaux de papyrus. Le papier moderne est l'héritier de ce support végétal. L'étymologie du mot « papier » vient d'ailleurs du latin « papyrus », emprunté de l'égyptien antique « per-peraâ », qui fait au pluriel « papyri ». Pendant près de 4000 ans, le Cyperus Papyrus Linné a poussé à foison sur les bords du Nil et a servi de matière première pour fabriquer des bateaux, des nattes, des sandales, des cordes et sourtout des rouleaux d'écriture. Après la récolte des tiges épaisses de cette plante haute de cinq mètres réunies en gerbes, la moëlle en était extraite et coupée en fines lanières de 37 à 45 centimètres de long que l'on immergeait pour les garder humides. Juxtaposées, elles constituaient la couche inférieure du papyrus. D'autres bandes de 10 à 20 centimètres de long étaient ensuite apposées perpendiculairement à la première couche ; les écrits y étaient alors déposés. L'ensemble était enfin mis sous presse pour éliminer l'excédent d'eau et le coller.

 

Nous devons notre connaissance de l'ère pharaonique à une élite lettrée dont les inscriptions encore conservées constituent le legs écrit d'une civilisation. Ces bureaucrates de père en fils étaient chargés de répertorier, de classer et de recopier à l'aide d'une plume de roseau sur du papyrus. La formation de ces scribes commençaient dès la tendre enfance. Le long et difficile apprentissage leur garantissait des privilèges par rapport à leurs concitoyens : considération, salaire élevé... Accroupi, le pagne tendu jusqu'à rigidité, disposant d'un étui pour ses calames, d'un récipient d'eau et d'une palette rectangulaire munie de deux cavités pour contenir des pigments noirs et rouges, le scribe écrivait le plus souvent de haut en bas et de la droite vers la gauche sur le papyrus comme sur une table. Quand il avait entièrement recouvert son papyrus de hiéroglyphes, il le roulait, le liait d'un ruban et le cachetait à la cire. Les rouleaux étaient alors disposés en paquets, les paquets enfouis dans des serviettes de cuir entreposées dans des armoires meublant le bureau du scribe. Malgré ces précautions, peu de papyrus échappèrent aux outrages du temps.

 

Depuis la dernière inscription hiéroglyphique connue figurant sur un mur du temple d'Isis à Philae, 1300 ans vont s'écouler avant que Jean-François Champollion ne perce le secret de cette langue divine grâce à la découverte en 1799 de la Pierre de Rosette sur laquelle se trouve gravé un décret de Ptolémée V en caractères hiéroglyphiques, démotiques et grecs. Mi pictogrammes, mi signes alphabétiques ou syllabiques purs, certains hiéroglyphes correspondent à un son (monolitères), d'autres à une combinaison phonique (bilitères et trilitères), d'autres encore transmettent une idée (idéogrammes). Enfin, un déterminatif, qui ne se prononce pas, est ajouté pour indiquer que le symbole forme une unité et la nature du mot. Tout le système hiéroglyphique s'inspire de la Nature et était utilisé à des fins rituelles et officielles. L'écriture hiératique (cursive), dérivée d'une simplification des hiéroglyphes, servait aux fins administratives et littéraires. Celle-ci sera supplantée par l'écriture démotique – cursive encore plus rapide - au cours du VIIe siècle avant notre ère.

 

Ce sont d'ailleurs les récits consignés en démotique des règnes glorieux de Sésostris I, II et III qui ont facilité le développement d'une littérature de fiction d'abord en grec puis en latin autour du personnage de Sésostris, archétype du monarque égyptien. Au fil des siècles, l'histoire des exploits de cette figure issue de l'imagination des scribes et des poètes épiques a traversé les pays et les genres littéraires. Hergé, lui aussi, a mentionné en 1934 ce nom dans l'album des aventures de Tintin, Les Cigares du Pharaon. De ces adaptations plus ou moins éloignées de la réalité en langues mortes et vivantes, retenons le parallèle entre Alexandre le Grand et Sésostris, tous deux conquérants, dans le Roman d'Alexandre, les péripéties du jeune héritier du trône d'Égypte dans le roman-fleuve des Scudéry, Artamène ou le Grand Cyrus (1649-1653), les discours du pharaon dans Les Aventures de Télémaque (1699) de Fénelon ou encore le poème de Voltaire, Sésostris (1776), dans lequel le prince s'entretient avec un génie. Le héros Sésostris est ainsi devenu un mythe.

 

Mais revenons aux hiéroglyphes. Leur secret est tombé progressivement dans l'oubli après l'avènement du christianisme en Egypte. En effet, à partir du IIIe siècle, les Égyptiens ont pris l’habitude d’écrire leur langue en empruntant les 24 lettres de l'alphabet grec complétées par sept graphèmes tirés du démotique. Le copte est ainsi devenu le dernier état de leur écriture et s'est diffusé au travers de la littérature religieuse. Avec la conquête musulmane au VIIe siècle, la langue copte a décliné elle aussi au profit de l'arabe. Néanmoins, c'est grâce à la connaissance de cette langue morte et à ses similitudes avec le démotique que Champollion a réussi à déduire le sens des hiéroglyphes.

 

MG – 27 août 2014. In Cahier pédagogique de l'exposition « Sésostris III. Pharaon de légende » du 09 octobre 2014 au 25 janvier 2015, Palais des Beaux-Arts de Lille.

 

Lire aussi :

- Le portrait politique de Sésostris III.

Papyrus Kahun LV.1, hymne à Sésostris III, Illahoun, 29,4 x 110,4 cm, Petrie Museum, Londres.

Papyrus Kahun LV.1, hymne à Sésostris III, Illahoun, 29,4 x 110,4 cm, Petrie Museum, Londres.

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