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Homélie à J.-L.

Publié le par MG

« A l'heure des adieux, c'est le verre de rhum, la dernière cigarette du condamné ; à l'hôpital militaire, la bouteille de champagne du moribond. Alcool qui arrose nos succès et noie nos chagrins, dernier recours à l'échec et de la solitude. Whisky distingué des salons, gins des bars sophistiqués, gros rouge lampé de zinc, eau-de-vie ingurgitée d'un trait comme une eau de feu, café fort et thé brûlant, cigarette qui trompe l'impatience, pipe confortable et cigares cossus... vous collez à nos mœurs. Vous symbolisez nos rites, nos habitudes, vous habillez d'assurance nos complexes ; vous entretenez nos automatismes inconscients, vous exprimez nos tempéraments. »

Jean-Marie Pelt, Drogues et plantes magiques, Ed. Fayard, 1983.

 

 

Ca commence comme ça, la vie ; ça commence par la fin. Ca (re)commence très vite une vie puisque c'est trois fois rien. C'est comme une volute de fumée qui s'élève s'évanouissant déjà dans l'air. C'est un souffle qui s'essouffle.

 

Pourtant, on ne peut dire d'un homme qu'il est peu de chose. Et quand bien même la discrétion voudrait cacher la personne, on lui reconnaît sa qualité. Il n'est donc rien de plus grand dans ce monde qui se manifeste en si peu d'effort. En si peu de temps. Là et maintenant.

 

Si l'homme vient de quelque endroit, il s'en ira. Ailleurs. Plus loin encore, peut-être. Il est un voyageur éternel. Quelque soit le lieu où il passe, on voit son ombre dans l'éclat du monde. Il est une couleur dans la lumière. Ombre et lumière : voilà sa grandeur.

 

Nul n'est besoin d'être prophète pour admettre que l'accident est essentiel. Etre ou ne plus être n'est pas la question. Interrogeons plutôt les voix, le spectre, les effluves et les saveurs qui tournent autour de nous. Imprégnons-nous de la situation donnée.

 

Tout est là. Toujours là. Dans l'air et en nous. Dans la mesure et dans le terme. C'est un point. Le dernier point qui arrête comme s'il fallait recommencer. Toujours recommencer. L'homme s'inscrit dans un siècle qui différemment renaît. Le moment n'efface donc rien. Au contraire, il multiplie à l'infini dans l'espace et dans le temps.

 

Aussi, la mort n'est vraie. Elle effraie seulement à tort. Elle n'est qu'un mot qui ne dure pas. Un nom qui change un corps en quelque chose qui n'a de nom. Tout est affaire de langage. Et la langue que nous employons est belle et bien vivante.

 

Aujourd'hui, nous voyons Jean-Luc dans les yeux de ses enfants qui passent devant nous. Plus tard, il sera où notre regard se pose. Il est la vue qui se donne. Il est l'air que nous inhalons. Il est mon inspiration du jour. Il est mon souffle de demain.

 

MG - A Jean-Luc M. 05 novembre 2014.

Photo MG : Jean-Luc - Saintes-Maries de la Mer, 11 août 2012.

Photo MG : Jean-Luc - Saintes-Maries de la Mer, 11 août 2012.

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