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Les Oeufs de Lewarde se trouvent à Aniche !

Publié le par MG

Jean-Marc Demetz, Les Oeufs de Lewarde, Engelaere Editions, 2013 - Première de couverture.

Jean-Marc Demetz, Les Oeufs de Lewarde, Engelaere Editions, 2013 - Première de couverture.

J'ai rencontré Jean-Marc Demetz au Salon du livre « Viva les mots » à Sin-le-Noble, bourgade presque effacée du Douaisis. Coiffé d'un chapeau, la barbe rase grisonnante et l'air jovial, l'homme n'appartient pas à cette race d'auteurs qui s'ennuient sur une chaise rêvant d'être ailleurs et espérant certainement, mais vainement, que le premier venu achète tout le stock de bouquins étalés sur le stand. Pas de vente à la criée non plus à son emplacement. Derrière la table qu'on lui a attribué, Jean-Marc Demetz sourit et interroge le venant que je suis. Il blague. On part boire une bière. Il m'offre un de ses romans – sympa, le mec. Je vide mon verre et demeure bouche bée.

 

Mais l'animal est rusé. Son bouquin, Les Oeufs de Lewarde, va dormir durant deux mois au fond du tiroir de ma table de chevet au-dessus d'une pile de livres de poche qui attendent d'être lus. Je viens d'ouvrir les Oeufs et, comme ceux de Kinder, la surprise arrive en assemblant les petites pièces à l'intérieur de la coque. Car entre la première et la quatrième de couverture, les courts chapitres sont les éléments d'un puzzle qui amènent à voyager dans des espaces qu'on pense connaître et dans des temps qu'on n'a pas connus. Et quand on a pour lubie le raccommodage du tissu local passé, on se délecte à parcourir les pages de cette histoire. Comment Jean-Marc Demetz savait-il en m'offrant son livre que les petites histoires qu'il raconte participent à ma quête des histoires de l'Histoire ! Quelle histoire, non ?

 

Dans un style qui concilie syntaxe classique et langage vernaculaire, Jean-Marc – je peux maintenant le prénommer, il est comme un pote – balade le lecteur dans les rues d'Aniche, d'Auberchicourt, de Lewarde, d'Anzin, d'Anvers, de Lens, du Crotoy, de Paris, d'Arles durant cinq siècles... pour des œufs ! L'observation naturaliste et pittoresque, à la limite du grotesque est saisissante, piquante comme vécue. Comme à l'intérieur d'un tableau flamand, on se régale à lire certaines descriptions de villages et d'habitudes, surtout quand on est du coin et qu'on connaît le voisinage. Mi, chuis d'Aniche, alors ferme ed'gueule si t'es pas d'accord avec ça :

« A minuit, ça pionçait dur à Aniche. Fallait croire qu'ils avaient tous la conscience tranquille dans leur coin, les Anichois et les Anichoises. Etonnant parce qu'avec la vie comme elle était, c'était pas possible. Là comme partout, il y avait les braves, les moins braves et les salauds. Pour certains, le sommeil n'était pas aussi lourd que les saloperies qu'ils faisaient. Mais l'Anichois, c'était un spécial, il dormait toujours comme un bébé, c'était connu, ça venait du climat. »

 

Je ne vous raconterai pas l'histoire. Il vous faudra la vivre et la découvrir en la lisant. Je veux bien vous énumérer quelque chose : il est question de grimoire, d'alchimie, de panacée, de prophétie, de survie de l'humanité sur fond d'histoire de l'art, de la littérature et de l'industrie. En effet, un anonyme d'Anvers rencontre tour à tour Léonard de Vinci, Nostradamus, Paul Cézanne, Jules Verne, Emile Zola, Emile Basly, etc. Le tout dans un genre progressivement fantastique. Le maillage historique est solide autour de la ville d'Aniche : l'on redécouvre des vérités oubliées et l'on se laisse prendre par des anecdotes parfois non fondées. T'es d'Aniche ? Alors tu savoureras les passages sur les verreries et sur la Compagnie des mines d'Aniche, sur l'origine du sobriquet Kopierre, sur l'ambiance qui règne à l'intérieur du Palais de la Bière et dans les veines souterraines.

 

L'on considèrera également les recherches que Jean-Marc a menées sur le secret de la Joconde, la révolution artistique de Cézanne, la genèse de Germinal, le parcours politique d'Emile Basly... Personnellement, je me suis régalé lorsqu'il s'amuse des inepties que l'on trouve sur le net. Conscient de certains anachronismes – la ficelle picarde, par exemple, est dégustée à une époque où elle n'existait pas encore – et de certaines fictions (la présence de Jules Verne et du jeune Bonaparte dans la capitale du verre), Jean-Marc tourne en dérision les informations fournies par Wikipédia. Après avoir repris la citation inventée par le délirant wikipédien Serge Ottaviani que ce dernier attribue au futur empereur des Français, « Le temps, seul, pourra faire naître chez vous des géants. Si ces gens cessent de boire. », Jean-Marc laisse l'un de ses personnages rétorquer : « Et Kopierre ? C'est-y pas un géant ? Même qu'il est habillé comme dans ses armées, à l'autre drôle ! Avec le chapeau en moumoute. »

 

L'écriture de Jean-Marc est évidemment truculente. J'arrête donc la mienne en vous souhaitant le plaisir que j'ai ressenti en lisant ce roman... Au fait, Jean-Marc avait titré son oeuvre Les Oeufs d'Aniche !

 

MG - Aniche, 19 juin 2015.

 

- Voir le site de Jean-Marc Demetz.

- Lire aussi :

Etre verrier à la Verrerie d'En Haut à Aniche ;

Mayeurs et maires d'Aniche de 1600 à nos jours ;

A propos du séjour de Napoléon Bonaparte à Aniche ;

Aniche au coeur des tourments de l'âme dans les Cahiers-décharge de Pascal Françaix ;

Des francs-maçons à Aniche ? ;

Aniche, du bureau de distribution à La Poste ;

L'immeuble du 141 Boulevard Drion à Aniche - Histoire d'une propriété familiale ;

La ville d'Aniche entre 1914 et 1918 ;

Dernières images de la verrerie Saint-Martin d'Aniche.

 

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