Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Lucien Pouille, héros errois

Publié le par MG

Stèle du caveau familial avec inscription commémorative, cimetière d'Erre - Photo : MG, 29 juillet 2015.

Stèle du caveau familial avec inscription commémorative, cimetière d'Erre - Photo : MG, 29 juillet 2015.

Portrait de Lucien Pouille quelques mois avant son arrestation par la gendarmerie - Photo datant de 1940 appartenant à Nathalie Pouille son arrière-petite-fille.

Portrait de Lucien Pouille quelques mois avant son arrestation par la gendarmerie - Photo datant de 1940 appartenant à Nathalie Pouille son arrière-petite-fille.

On a tant écrit sur la Résistance, sur les Résistances plus exactement, que tout apport semble redondant. On a tant montré d'images de maquisards que l'on pense encore l'insoumis nationaliste planqué entre montagnes et massifs forestiers. La réalité est hélas autre car plus sombre et oubliée. Evidemment, la motivation reste patriotique en ces temps d'Occupation  : il s'agit de défendre l'honneur en résistant. Lucien Pouille est de ceux qui pensent que seule l'action sauvera la France. Jusqu'à son dernier souffle au camp de Gusen en Autriche, Lucien n'attend aucun salut pour lui-même, pas même celui des Alliés pour son pays.

 

Né le 10 mars 1898 à Bruille-Saint-Amand (Nord), fils de Régis Pouille et d'Emilie Langlin, Lucien grandit dans une campagne très vite dévastée par un envahisseur étranger qu'il connaît déjà. Il est alors âgé de 16 ans... A l'école, les propos revanchards du maître et la carte murale  partiellement marquée d'une couleur violacée forgent son esprit : la seule faute sera l'inaction ! Les années passent... Lucien rencontre Victoria Lamand qui lui donne quatre enfants (Lucien, les jumeaux Georges et Georgette et Marcel) et s'installe à Erre (Nord), rue d'Abscon. Le travail ne manque pas pour un poseur de voies aux mines d'Anzin et la famille s'agrandit.

 

Lorsque la défaite française ouvre l'espace à l'Occupation allemande, nombre d'habitants de la région du Nord-Pas-de-Calais développent dans un premier temps un sentiment anglophile en raison de la présence des troupes britanniques sur le front lors de la Première Guerre mondiale. L'on fleurit alors les tombes des « Tommies ». Lucien, lui, se tient au courant des agissements tant outre-Manche que territoriaux. Dès lors, il se rapproche et participe au mouvement des Francs Tireurs et Partisans français (FTP). Aussi mène-t-il très (ou trop) vite des actions directes et armées contre l'ennemi.

 

En ce tout début des années 1940, les FTP bénéficient du soutien du Front National (FN) qui lutte pour la libération de la France. Créé le 15 mai 1941 par le Parti communiste, le FN participera au Conseil National de Résistance (CNR) présidé par Jean Moulin jusqu'à son arrestation à Caluire le 21 juin 1943. Les FTP, organisation militaire hiérarchisée et fonctionnant selon la tactique de « la goutte de mercure », n'acceptent le combat en ligne que dans des situations désespérées puis se disloquent rapidement rendant sans objet une contre-attaque et plus difficiles les recherches policières. Cette guérilla qui exaspère et menace la sécurité de l'Occupant conduit à une répression accrue, notamment envers les résistants communistes.

 

Dès février 1941, la chasse aux communistes est ouverte. Dénoncé, Lucien Pouille est arrêté chez lui par la gendarmerie de Somain le 3 octobre 1941. L'arme qu'il détient ne sera jamais retrouvée. D'abord incarcéré à Cuincy puis à la prison de Loos, il est déporté le 19 mars 1942 sous le matricule 13367 à Louvain (Belgique), Aix-la-Chapelle (Allemagne) avant d'arriver le 9 octobre 1942 à Gusen, extension du camp de concentration (KL) de Mauthausen en Autriche afin de contribuer pour les SS à l'exploitation des carrières de granite. Considéré comme « non ré-éducable » par les Nazis, Lucien, harassé, atteint de sous-nutrition et brutalisé, contracte probablement la dysenterie. Affaibli au point de paraître mort, il est jeté dans un four crématoire le 3 janvier 1943 ou 1945 selon les sources.

 

Son fils aîné, Lucien Pouille (17 janvier 1922-27 mars 1985), poursuit les activités clandestines de son père. Vivant avec sa mère - Victoria Lamand garde-barrière à Erre - et ses trois frères et soeurs, le jeune Lucien distribue la nuit et secrètement des tracts qui conduisent à la lutte contre l'occupant. Soupçonné puis dénoncé pour ses actions résistantes, il est arrêté par la gendarmerie française. Lucien, alors âgé de 21 ou de 22 ans, conducteur à la fosse Agache de Fenain (compagnie des mines d'Anzin), avale les documents papier en sa possession. Le jeune homme relâché ne peut pardonner l'injustice commise à l'encontre de son père. Il ne renoncera jamais aux combats nécessaires à la libération de la France.

 

Lucien Pouille (le père) est officiellement reconnu mort le 2 octobre 1946 par l'administration française. Aujourd'hui, dans le cimetière d'Erre son nom reste gravé sur une stèle au-dessus de celui de son épouse et désigne une rue dans ladite commune. Haro donc au errant qui ne salue point le héros errois !

 

MG à Nathalie Pouille- Aniche, 31 juillet 2015.

Portrait de Régis Pouille, père de Lucien Pouille, à Bruille-Saint-Amand. Photo : date non connue appartenant à Nathalie Pouille, son arrière-arrière-petite-fille.

Portrait de Régis Pouille, père de Lucien Pouille, à Bruille-Saint-Amand. Photo : date non connue appartenant à Nathalie Pouille, son arrière-arrière-petite-fille.

Photographie prise à la caserne de Tirlemont à Louvain en 1942 sur laquelle une croix rouge montre Lucien Pouille. Au verso : des annotations. Document appartenant à Régis Pouille, petit-fils du déporté Lucien Pouille.
Photographie prise à la caserne de Tirlemont à Louvain en 1942 sur laquelle une croix rouge montre Lucien Pouille. Au verso : des annotations. Document appartenant à Régis Pouille, petit-fils du déporté Lucien Pouille.

Photographie prise à la caserne de Tirlemont à Louvain en 1942 sur laquelle une croix rouge montre Lucien Pouille. Au verso : des annotations. Document appartenant à Régis Pouille, petit-fils du déporté Lucien Pouille.

Attestation de décès de Lucien Pouille rédigée par le secretaire départemental des anciens F.T.P. à Lille le 1er juillet 1946.

Attestation de décès de Lucien Pouille rédigée par le secretaire départemental des anciens F.T.P. à Lille le 1er juillet 1946.

Extrait de l'acte de décès de Lucien Pouille, 21 octobre 1961.

Extrait de l'acte de décès de Lucien Pouille, 21 octobre 1961.

Transcription de décès de Lucien Pouille rappelant dans la marge l'homologation "mort pour la France" et "mort en déportation".

Transcription de décès de Lucien Pouille rappelant dans la marge l'homologation "mort pour la France" et "mort en déportation".

Ce qui restait du crématoire du KL Mauthausen en 1948. Document : Jean Courcier.

Ce qui restait du crématoire du KL Mauthausen en 1948. Document : Jean Courcier.

Portraits de Lucien Pouille et de sa femme Victoria Lamand figurant sur la stèle du caveau , cimetière d'Erre - Photo : MG, 31 juillet 2015.

Portraits de Lucien Pouille et de sa femme Victoria Lamand figurant sur la stèle du caveau , cimetière d'Erre - Photo : MG, 31 juillet 2015.

Plaque de la rue Pouille Lucien à Erre - Photo : MG, 31 juillet 2015.

Plaque de la rue Pouille Lucien à Erre - Photo : MG, 31 juillet 2015.

Stèle érigée à l'entrée du stade municipal d'Erre en mémoire aux héros errois morts en déportation - Photo : Francis Auversaque, 31 décembre 2015.

Stèle érigée à l'entrée du stade municipal d'Erre en mémoire aux héros errois morts en déportation - Photo : Francis Auversaque, 31 décembre 2015.

Photographie du 33e Régiment d'Infanterie prise à la caserne Ronzier de Valenciennes en novembre 1944 sur laquelle on distingue, cerclé de rouge, Lucien Pouille, fils du déporté Lucien Pouille. Le fils fut lui aussi un acteur de la Résistance. Au recto : annotations de la main de Lucien Pouille fils. Document appartenant à Régis Pouille, petit-fils du déporté Lucien Pouille, fils du résistant Lucien Pouille et père de Nathalie Pouille.
Photographie du 33e Régiment d'Infanterie prise à la caserne Ronzier de Valenciennes en novembre 1944 sur laquelle on distingue, cerclé de rouge, Lucien Pouille, fils du déporté Lucien Pouille. Le fils fut lui aussi un acteur de la Résistance. Au recto : annotations de la main de Lucien Pouille fils. Document appartenant à Régis Pouille, petit-fils du déporté Lucien Pouille, fils du résistant Lucien Pouille et père de Nathalie Pouille.

Photographie du 33e Régiment d'Infanterie prise à la caserne Ronzier de Valenciennes en novembre 1944 sur laquelle on distingue, cerclé de rouge, Lucien Pouille, fils du déporté Lucien Pouille. Le fils fut lui aussi un acteur de la Résistance. Au recto : annotations de la main de Lucien Pouille fils. Document appartenant à Régis Pouille, petit-fils du déporté Lucien Pouille, fils du résistant Lucien Pouille et père de Nathalie Pouille.

Lucien Pouille fils pendant la Seconde Guerre mondiale - Document appartenant à Nathalie Pouille, sa petite-fille.

Lucien Pouille fils pendant la Seconde Guerre mondiale - Document appartenant à Nathalie Pouille, sa petite-fille.

Lucien Pouille fils devant la barrière d'Erre le 15 avril 1942.

Lucien Pouille fils devant la barrière d'Erre le 15 avril 1942.

Marcel Pouille et son grand frère Lucien Pouille (fils) sur la barrière d'Erre le 20 avril 1945.

Marcel Pouille et son grand frère Lucien Pouille (fils) sur la barrière d'Erre le 20 avril 1945.

Victoria Pouille (née Lamand) et son fils Régis Pouille à la barrière d'Erre le 20 septembre 1952.

Victoria Pouille (née Lamand) et son fils Régis Pouille à la barrière d'Erre le 20 septembre 1952.

Commenter cet article

Pouille Damien 14/08/2015 12:48

Merci, pour cet article et pour notre famille