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Etre verrier à la Verrerie d'en Haut à Aniche

Publié le par MG

La situation historique qui suit s'inscrit dans le sujet d'étude "Etre ouvrier en France (1830-1975)" du programme d'histoire de Première Bac pro. Elle doit permettre aux élèves de caractériser une activité professionnelle et, tout en évoquant le contexte, le rôle des acteurs et les enjeux des métiers étudiés.

 

Lancement :

Vitraux d'Alfred Labille dans la salle du conseil de l'hôtel de ville d'Aniche. Photo : Serge Ottaviani

Vitraux d'Alfred Labille dans la salle du conseil de l'hôtel de ville d'Aniche. Photo : Serge Ottaviani

- De quoi s'agit-il ?

- Que montrent ces vitraux ?

- Comment vous apparaissent ces verriers ? Pourquoi ?

- Où se trouvent ces vitraux ? A votre avis, pourquoi de tels vitraux à cet endroit ?

 

Problématique :

Qu'est-ce qu'être verrier à la Verrerie d'en Haut à Aniche ?

 

Le professeur remet le corpus documentaire et le questionnaire ci-après. Les élèves travaillent en autonomie la situation historique donnée.

Situation

Être verrier à la Verrerie d'en Haut à Aniche

 

Problématique : …...........................................................................................................................................

 

Il faut savoir qu'à l'époque1, toute toute la production de la verrerie reposait sur le savoir-faire du souffleur de verre. C'est lui qui possédait les secrets de fabrication que lui avaient jalousement transmis ses parents et qu'il avait mis de nombreuses années à maîtriser. Et encore, seuls les plus forts et les plus robustes d'entre eux pouvaient résister aux conditions particulièrement pénibles du métier.

La corporation des souffleurs de verre était extrêmement fermée, et il fallait « être de sang » pour avoir le privilège de souffler le verre. Fortement sollicités, le souffleur et son équipe concluaient avec le maître de verrerie un contrat par lequel ils s'engageaient pour une campagne de fonctionnement du four (soit moins d'un an vers 1820). A l'époque, le débauchage était monnaie courante dans les verreries et les salaires que percevaient les souffleurs étaient très élevés. Aussi, les maîtres de verreries désireux de rassembler autour d'eux des équipes de souffleurs expérimentés incluaient très souvent le logement dans leur contrat.

 

1. Dans le premier tiers du XIXe siècle.

Doc. 1 : Le souffleur de verre. M. Debève et D. Devred, Aniche, histoire de la Verrerie d'en Haut, 2015.

 

La fabrication du verre à vitres se fait « à la bouche ».

Dans la hiérarchie verrière, le « souffleur de verre à vitres » est celui qui occupe le rang le plus élevé. Il peur gagner de trois à quatre fois le salaire d'un souffleur de bouteilles.

On obtient du verre plat par transformations successives :

- Dans un premier temps, on procède au « cueillage » du verre : étape dans laquelle on plonge la canne dans le verre en fusion pour en prélever la « paraison ».

- La boule de verre ainsi recueillie est ensuite formée après « chauffage » et « soufflage » successifs afin d'obtenir une sphère creuse.

- Le souffleur prend alors la canne et, par « soufflage », « rotation » et « balancement » au-dessus d'une fosse, transforme la sphère en un cylindre dont la longueur, le diamètre et l'épaisseur son déterminés par son seul savoir-faire.

- Le « cylindre » ou « canon » terminé, il faut le détacher de la canne et enlever les extrémités pour obtenir un cylindre creux de chaque côté.

Le travail du souffleur est alors terminé, mais pas la fabrication de la vitre.

Le « fendeur » trace avec un diamant un trait de coupe sur la longueur intérieure du cylindre. A son tour, « l'étendeur » ou « platisseur » reçoit le canon qu'il enfourne dans un « four à étendre » où la chaleur aidant, il s'affaisse pendant que l'ouvrier l'aplanit avec des outils en bois. La plaque de verre ainsi formée est ensuite « recuite » et « refroidie » très progressivement. Il reste alors la découpe, puis l'emballage.

Doc. 2 : La fabrication du verre à vitres au XIXe siècle in M. Debève et D. Devred, Aniche, histoire de la Verrerie d'en Haut, 2015.

 

M. le sous-préfet de Douai et M. le commissaire de police central sont partis ce matin, à Aniche, où des ouvriers verriers se sont mis en grève1.

On nous dit que cette grève aurait été provoquée par une mesure progressiste de M. Patoux2, dont l'intelligente initiative a déjà sapé, comme on le sait, plus d'une tradition mauvaise perpétuée dans l'industrie de la verrerie.

Cette fois les ouvriers souffleurs prétendaient s'opposer à ce qu'on fît des élèves dans leur partie.

On conviendra que ces prétentions sont à la fois injustes et ridicules ; aussi croyons-nous que M. le sous-préfet parviendra à persuader ces hommes qu'il est du devoir de tout bon ouvrier de se laisser guider par le progrès et d'y aider de toute leur bonne volonté, au lieu de défendre des coutumes routinières qui gênent l'essor de l'industrie.

 

1. Il s'agit des ouvriers verriers de la société A. Patoux, A. Drion et Cie appelée aussi « Verrerie d'en Haut ».

2. Ancien souffleur de verre, Adolphe Patoux (1810-1875) fonde en 1864 une verrerie à Aniche. Maire provisoire en 1848, il est également élu maire d'Aniche en 1854 jusqu'à son décès.

Doc. 3 : La grève de 1863. Article paru dans le journal local L'Indépendant le 20 octobre 1863.

 

Depuis quelques années, l'industrie verrière était confrontée à un grave problème conjoncturel : celui de la mécanisation. Dès 1886, l'installation du « four à bassin » à la verrerie d'en Haut » avait permis d'abandonner complètement les antiques fours à pots. La modernité apportée par ce nouveau four amenait un changement radical dans le métier de verrier. Dorénavant, l'usine fonctionnerait d'une façon continue, avec des cadences beaucoup plus élevées, obligeant les ouvriers à faire les trois postes et surtout à entrevoir le temps où les verriers, supplantés par la machine, perdraient leurs prérogatives ancestrales. […] Cette situation, toute nouvelle pour eux, amènera des conflits dans toutes les verreries de France et de Belgique.

Doc. 4 : Le nouveau siècle in M. Debève et D. Devred, Aniche, histoire de la Verrerie d'en Haut, 2015.

Doc. 5 : Le « croquage » du verre à vitres en 1931 à la Verrerie d'en Haut à Aniche.

Centre de Mémoire de la Verrerie d'en Haut, Aniche.

 

Léo était l'ouvrier, trente-cinq ans à trimer à la verrerie. A l'époque, c'était comme ça. Le boulot était ici. Du pas facile, mais dites-moi ce qu'ils ont eu de facile, les gens du coin. Il y avait sué sang et eau, parce qu'il bossait à la gueule des fours. Des fours grands comme le chevalement en briques de la fosse Saint-Quentin de la Compagnie de Bouchain. Les feux vous tannaient la peau à moins de dix mètres. Le pire, c'était ceux qui allaient y mettre de la graisse, aux fours et aussi aux moules, eux, ils portaient des tabliers et des visières, comme les cosmonautes dans les vieux films où on fabriquait les monstres avec des serpillières et des gants de vaisselle. Mais ces bougres n'auraient pas laissé leur travail pour qu'un autre en bave à leur place, à cause des primes. Ils touchaient un peu plus d'argent que les autres, mais ils n'allaient pas bien loin sur la fin.

Léo était mireur. Il vérifiait l'état du verre, s'il était bien en forme et s'il n'y avait pas de défaut. Ca arrivait aux changements de moules. Il avait démarré l'été 1976 et il s'en souvenait comme hier ! L'été de la canicule ! A la sortie des fours.

Doc. 6 : Léo le mireur. Jean-Marc Demetz, Les œufs de Lewarde, Engelaere Editions, 2013.

 

Questions :

 

  • Que pouvez-vous dire du métier de souffleur de verre ? Dressez la typologie du monde des verriers ?

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  • Pour montrer en quoi consiste le travail des verriers, fléchez et notez les différents activités et objets présents dans l'image ci-dessous :

 

Le four à pots pour la fabrication du verre à vitres à Aniche vers le milieu du XIXè siècle.

 

  • Pourquoi les verriers d'Aniche sont-ils en grève en 1863 ? Montrez que le journaliste défend la cause patronale ? Pourquoi ?

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  • Quels changements percevez-vous dans le métier de souffleur de verre dès la fin du XIXe siècle ? Comment expliquez-vous ces changements ?

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  • Qu'en est-il des verriers anichois à la fin du XXe siècle ?

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La mise en commun des éléments de réponse s'accompagne de la projection des documents textuel et vidéos ci-après :

 

Le travail du verre est pénible. Dangereux. Dévastateur. On appelle les ouvriers du verre « les joues cassées ». Les cannes de soufflage passent de bouche en bouche et transmettent les pires maladies infectieuses, comme la tuberculose et la syphilis. Les poumons s'abîment à proximité des fours, surtout les poumons et les yeux des enfants confrontés à des pénibilités plus grandes que les adultes. […]

Les enfants constituent les 25 à 40 % de l'effectif d'une verrerie. Ils ont sept à huit ans, jetés face à l'ouvreau du four ou en bas de la place. Le « teneur de moule », les pieds dans la boue, inhalant les fumées, est chargé d'ouvrir et de fermer le moule en bois, l'arroser, sans pincer le « cueillage », cette boule de verre, cette boule de soleil en fusion.

80 % des verriers meurent de tuberculose, 60 % n'atteignent pas les 40 ans et les autres ne dépassent pas les 50 ans.

La pénibilité du travail de verrier. Roger Facon & Serge Ottaviani, La fantastique aventure de l'Idéal Cinéma – mémoire ouvrière et alchimie à Aniche, Abysses Editions, 2015.

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