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Des Danois à Aniche !

Publié le par MG

Dragons danois, 1813.

Dragons danois, 1813.

S'il reste le seul pays d'Europe à n'avoir jamais fait la guerre à la France, le Danemark a néanmoins contribué à l'occupation du Nord-Pas-de-Calais de 1816 à 1818. Ce fait historique est d'autant plus difficile à croire lorsque l'on sait que les localités de ce bassin minier ont été ravagées durant la Première Guerre mondiale emportant avec elles les archives. Cependant quelques rares documents attestent de cette présence nordique et des relations qu'entretenaient certains soldats venus du froid avec les habitants de nos contrées.

Après la défaite napoléonienne de Waterloo1, les Alliés (Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d'Irlande, l'Empire russe, le Royaume de Prusse et l’Empire d'Autriche) décident d'occuper les places fortes du Nord de la France, obligeant ainsi le Danemark meurtri économiquement et privé du territoire norvégien à déployer, dès le mois de janvier 1816, 5000 hommes dans le Cambrésis, le Douaisis et les actuels secteurs de Lens et d'Hénin-Carvin. Ces troupes logent alors chez l'habitant ou dans des casernes.

Réputés sauvages, ces descendants de Vikings sont d'abord perçus comme « une race intermédiaire entre l'esquimau et l'ours blanc »2 ou confondus avec les Anglais, ennemis de longue date des Français. Commandés par le prince Frédéric Ferdinand de Hesse qui établit son quartier général à Lewarde et l'état major à Hénin-Beaumont (à l'époque : Hénin-Liétard), les Dragons3 danois doivent apprendre à cohabiter à Bouchain, Aniche, Corbehem, Douai, Izel, Bois-Bernard, Billy-Montigny, Hénin, Lens et Carvin.

Dragon danois, 1813.

Dragon danois, 1813.

Le stationnement de ces observateurs armés qui ne savaient comment occuper leur temps ne rencontre finalement aucune hostilité4. Au contraire, on fraternise en vue d'une rapide et meilleure intégration. Un certain Peder Frandsen, par exemple, peut exercer son métier de menuisier à Hénin-Liétard. Progressivement, l'on célèbre des enterrements, des mariages et même des baptêmes d'abord protestants puis catholiques. Parmi les quelques canonniers de la batterie de Guerstenbergue cantonnés à Aniche, aucun à notre connaissance, n'est reparti au pays avec une Anichoise.

Canonnier danois, 1813.

Canonnier danois, 1813.

En revanche, Jean Andersen Olessen (1791-1841) marié à Wasnes-au-Bac le 28 mai 1829 à Joachime Chimot (1792-?) devient père de sept enfants dont l'aînée, Clémentine Josèphe Olessen née en 1821 se marie à Aniche le 7 août 1842 à Philippe Pamart, né à Aniche vers 1821, fils de Philippe et Aldegonde Lefebvre. Jens Albreth Jensen (né vers 1788), demeurant à Douai dès 1820, puis mineur à Aniche et marié à la fileuse Sophie Josèphe Burry (née vers 1801) a deux enfants dont Fortuné Jensen, né vers 1821, décède à Aniche le 11 avril 1823.

Si certains soldats danois emmènent leur épouse sur leur sol natal, d'autres, nous l'aurons compris, restent sur place ou reviennent à partir de 1820 dans la localité qu'ils occupaient pour fonder une famille. Le cas Jens Christen Hammer est, à titre illustratif, intéressant. Né le 11 juin 1792, marié à Saint-Amand-les-Eaux le 15 octobre 1823 à Marie Angélique Lenne, née à Fenain le 26 Frimaire An VII et décédée à Aniche le 10 juin 1851, l'ancien militaire laisse huit enfants dont trois garçons portant le même prénom. Le premier Charles meurt à l'âge d'un an à Aniche le 3 septembre 1822 ; le troisième Charles ainsi que ses autres frères et sœurs cadets naissent à Aniche.

Copie de l'acte de mariage conservé aux archives départementales du Nord.
Copie de l'acte de mariage conservé aux archives départementales du Nord.

Copie de l'acte de mariage conservé aux archives départementales du Nord.

Document conservé à la Société d'Histoire locale d'Aniche.

Document conservé à la Société d'Histoire locale d'Aniche.

Copie conservée à la Société d'Histoire locale d'Aniche.

Copie conservée à la Société d'Histoire locale d'Aniche.

Copie conservée à la Société d'Histoire locale d'Aniche.

Copie conservée à la Société d'Histoire locale d'Aniche.

La famille Hammer. Source : Daniel Devred, « L'occupation danoise dans le Douaisis (1816-1818)" dans Douaisis-Généalogie n°36 du quatrième trimestre 2000, p. 57.

La famille Hammer. Source : Daniel Devred, « L'occupation danoise dans le Douaisis (1816-1818)" dans Douaisis-Généalogie n°36 du quatrième trimestre 2000, p. 57.

Aujourd'hui, à Aniche comme à Auberchicourt, Marquette-en-Ostrevant, Somain, Bouchain, Lewarde ou Montigny-en-Ostrevent pour ne citer que peu de communes environnantes et limitrophes, les registres d'état civil nous rappellent ce pan oublié de l'histoire européenne que représente l'occupation de nos villes et villages par les troupes danoises durant la Seconde Restauration.

 

1. "Le traité de Paris, signé le 20 novembre 1815, prévoyait en effet que notre pays serait occupé par une armée de 150.000 hommes comme garantie de paiement d’une dette de guerre de 700 millions de francs, et pour le maintien de l’ordre. Il fut décidé que les troupes danoises prendraient possession de la place forte de Bouchain et des environs. Aussitôt, le roi du Danemark rassembla ses soldats et nomma son cousin, le prince Frédéric de Hesse Cassel, général en chef du corps danois. Masny et Lewarde, par exemple, durent subvenir à l’entretien de troupes danoises. Le 12 janvier 1816, la commune de Lewarde reçut l’ordre de recevoir en cantonnement son Altesse sérénissime Monseigneur le Prince Frédéric de Hesse Cassel, général en chef de corps d’armée, de Sa Majesté le Roi de Danemark, et sa suite. Ce prince avait choisi Lewarde, où se trouvaient deux châteaux. Dès le 18 janvier 1816, il s’installa dans le plus grand des deux, qui était un peu à l’écart du village, avec son épouse et toute sa suite. Le 29 juillet 1818, le maréchal de Wellington passera à Lewarde, pour emmener le prince à une revue de troupe, et honorera de sa présence un grand bal donné au château. Le prince et sa suite furent logés au château des Vésignons, situé à l’orée du bois de Lewarde, les autres officiers et soldats furent hébergés, avec domestiques et chevaux, chez l’habitant." (www.sensee-ostrevant.com)

 

2. Les amis de Bouchain, Souvenir des Danois repris par Daniel Devred cité dans l'article « L'occupation danoise dans le Douaisis (1816-1818)" publié dans Douaisis-Généalogie n°36 du quatrième trimestre 2000.

3. L'uniforme du dragon danois en 1816 comportait, nous apprend Jacques Descheemaeker dans l'article "Quand les Danois occupaient la France" publié en 1966 dans L'Histoire pour tous, "un habit rouge, col avec parements et revers noirs, doublure blanche, bordures paille, boutons blancs, gilet blanc, pantalon blanc, casque et cartouchière. Pour armes (...) : un sabre courbe, une carabine et un pistolet."

4. Les archives nationales nous apprennent cependant qu'entre mai et septembre 1817, éclate une "rixe à Auberchicourt entre des habitants et des militaires danois" et des "vexations sont causées aux habitants par ces soldats. En mai-juin de la même année, un soldat hanovrien est assassiné à Orchies et des "excès sont commis par des soldats danois sur des habitants de Féchain". En juillet-août 1817, une rixe se produit à Château-l’Abbaye entre des militaires hanovriens et des civils et, en mars 1918, on enregistre "des voies de fait sur des soldats danois par des jeunes gens d’Aniche."

 

MG – 29 octobre 2015. Ce travail n'aurait pu être possible sans les précieuses recherches sur l'occupation danoise dans le Nord de la France de Jacques Descheemaeker et de Daniel Devred ainsi que celles de Francis Auversaque sur les illustrations d'uniformes danois autour de 1815 et celles de Jean-Marie Delval concernant l'acte de mariage de Jean Christian Hammer.

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