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Après tout si, il faut !

Publié le par M. GRABARCZYK

C'est parce qu'il me revient sans cesse à l'esprit, qu'il me faut écrire quelques mots sur le premier long métrage de Jean-Luc Godard, A bout de souffle, sorti en salles en 1960. A 29 ans, ce critique des Cahiers du cinéma réalisait une oeuvre qui allait constituer un tournant dans l'histoire du septième art. Un demi siècle plus tard, l'image du jeune Jean-Paul Belmondo, alias Michel Poiccard, courant à perdre haleine dans les rues de Paris après nous avoir envoyé en pleine face et avec indifférence "allez vous faire foutre !" insuffle toujours le sentiment de liberté, l'audace et la singularité d'un film moderne à voir et à revoir.

Inutile ici de nous perdre dans les détails du synopsis ; rappelons simplement la simplicité de l'histoire de ce meurtrier en cavale qui veut récupérer un magot et convaincre une américaine, incarnée par la belle Jean Seberg, de s'enfuir avec lui à Rome, Roma en italien dont l'anagramme amor laisse entendre que le héros n'aura d'autre destination, à défaut d'amour, que la mort. Jouons ainsi et aussi sur les mots à la manière de Godard lui-même qui, dans les répliques de son personnage principal, libère la parole cinématographique par le biais de calembours fantaisistes tels que "monte dans ton Alfa, Roméo !"

L'originalité du film repose alors sur l'association de drôleries langagières et de moments d'angoisse, d'ingrédients du polar et d'innovations formelles - le portrait inexpressif cadré en gros plan, par exemple - et déferle telle une onde de choc, une "nouvelle vague" laminant à la fois les poncifs du genre policier et ceux du cinéma conventionnel. Le jeune réalisateur n'envisageant plus la caméra comme un moyen d'imiter le réel, se sert d'elle pour montrer et interroger la réalité et l'enregistrement de cette réalité.  Le cinéma de Godard se prend donc lui-même comme objet et mène (à) sa propre réflexion, pour ne pas écrire réflection !

 

Les premières minutes du film annoncent déjà la double temporalité narrative des scènes à venir dans lesquelles s'entrecoupent passages elliptiques et absence d'évènement ; les deux vitesses avec lesquelles évolue le personnage de Michel Poiccard : l'impatience et la nonchalance. Et qui mieux que Belmondo, par la vivacité de ses réactions et la force physique de son visage en plein écran, pouvait traduire cette ambivalence ?  Il y aurait encore tant de choses à écrire mais je crains malheureusement d'être moi-même à bout de souffle. Devais-je vraiment entreprendre cet exercice ? Après tout si, il fallait ! Il fallait m'arrêter un instant sur ce chef d'oeuvre cinématographique.

M. G. 08.11.2008



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Nadège 06/07/2010 14:27



Ayant vu dernièrement ce film, je lis ton texte avec intérêt. Et c'est vrai qu'il y a beaucoup à dire.


Je retiendrais la dernière scène où la jeune femme, la main sur le visage constate avec effarement qu'ayant voulu le protéger de lui-même, elle a contribué à sa perte définitive... Autrement dit
l'inverse de ce qu'elle souhaitait.