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Quand les Bolchéviks prirent le pouvoir (1917-1921)

Publié le par MG

En août 1914, la Russie s'engageait à contrecoeur dans la Première Guerre mondiale. Son armée, nullement préparée, n'était guère en état de faire face à celle de l'Allemagne impériale, et l'enthousiasme des premiers jours s'effrita un mois après le début des hostilités. La terrible défaite de Tannenberg en 1915 souligna cette démotivation générale. Au sein de la Douma, seuls les cinq députés bolchéviques s'étaient fortement opposés à la guerre : ils furent aussitôt déportés en Sibérie. Néanmoins, leur représentant, Vladimir Oulianov, dit Lénine, considéra cette défaite militaire comme le plus sûr moyen de promouvoir la révolution.

 

 

Plus le conflit durait, plus se manifestait l'imcompétence de l'administration tsariste. La révolution de février 1917 surprit autant le gouvernement que les opposants du régime en place. Le pouvoir passa ainsi, sous la pression de moujiks affamés, d'une aristocratie désabusée et de troupes révoltées, des mains du Tsar Nicolas II à celles d'une instance gouvernementale provisoire dont la vocation fut d'administrer le pays en attendant qu'une assemblée constituante adoptât une constitution et désignât un gouvernement légal.

 

Parmi les quatre gouvernements provisoires qui se succèdèrent, aucun ne sut mettre un terme à la guerre et contenter le peuple en lui distribuant les terres réclamées. Les paysans désabusés devinrent alors très vite favorables à Lénine et Léon Trotsky et formèrent un parti bolchévique de masse hostile au gouvernement provisoire de Kerensky. Dans ses Thèses d'Avril 1917, Lénine exposait alors la possibilité de transformer en Russie la "guerre impérialiste" en "guerre civile". En juillet de la même année, des travailleurs armés et des soldats, avec pour slogan "le pain, la terre, la paix", tentèrent vainement de s'emparer du pouvoir à Pétrograd.

 

Accusé d'avoir accepté l'aide financière de l'Allemagne, Lénine dut s'enfuir en Finlande où il rédigea L'Etat et la Révolution. Il revint à Pétrograd le 8 octobre du calenrier julien et publia un article dans lequel il concrétisait les lois essentielles de l'insurrection armée à mener. Il prévoyait en particulier les actions combinées des ouvriers, des soldats et de la marine ainsi que l'occupation des points d'appui de la capitale. Mais ce fut Trotsky qui assura l'insurrection d'octobre par le biais de réunions, de meetings, d'assemblées. L'heure de l'agitation avant l'explosion sonna. Véritable tribun, Trotsky informa et galvanisa les foules afin de les convaincre de passer à l'action. Pour Trotsky, la parole triomphait toujours sur la puissance des fusils.

 

Le 24 octobre du même calendrier, l'action fut engagée. Alors que Lénine s'installait dans l'institut de Smolny avec l'Etat-Major de la révolution, ouvriers, soldats de la garnison de Pétrograd et marins de la flotte de la Baltique devenaient maîtres de la situation dans les quartiers populaires de la capitale en s'emparant des ponts qui enjambaient la Neva et en se saisissant des gare, stations de radio, centrale téléphonique et banque d'Etat. Le gouvernement provisoire, protégé par des détachements contre-révolutionnaires, se réfugia dans l'ancienne résidence du Tsar, le Palais d'Hiver.

 

Le 25 octobre, un coup de canon tiré du croiseur Avrora annonça le début de l'assaut du Palais d'Hiver. Il fut presque deux heures du matin quand les Bolchéviques arrêtèrent les ministres de Kerensky. Le premier Etat marxiste du monde voyait alors le jour. Aussitôt, les soviets élurent un nouveau gouvernement, totalement bolchévique et présidé par Lénine : le Conseil des Commissaires du peuple. Les jeunes dirigeants se prénommaient Boukharine (29 ans), Zinoviev et Kamenev (34 ans) - tous deux, futurs présidents du Soviet de Petrograd. Trotsky fut nommé aux affaires étrangères tandis qu'aux nationalités fut désigné un certain Josef Dougatchvili, plus connu sous le pseudonyme de Staline. Le Congrès des Soviets donnait ainsi aux Bolchéviques les clés du pouvoir.


 

Jusqu'à la fin du XXe siècle, la Russie ne connut, dans son histoire, que sept mois de démocratie : de février à octobre 1917. Toutefois, Lénine et Trotsky ne considéraient pas cette période comme telle ; pour eux, cette démocratie bourgeoise étaient trop limitée par la propriété des moyens de production. La véritable démocratie était, à leurs yeux, celle où la majorité jouissait de la totale liberté d'expression, en opprimant pour le temps nécessaire, la minorité. Cette conception n'était autre que celle que Marx nommait la "dictature du prolétariat". Le pouvoir des Soviets représentant la forme institutionnelle de cette dictature  prolétarienne, Lénine et Trotsky liquidèrent donc l'Assemblée constituante dans laquelle les Bolchéviks n'obtenaient à peine que 25 % des voix.

 

La  République soviétique se réduisit à un seul parti représentatif et à une unique presse. La voie du centralisme démocratique, sous l'impulsion du parti bolchévique, était pour Lénine et Trotsky à même de conduire le pays vers le socialisme, c'est-à-dire la laïcité de l'Etat, l'abolition de la propriété foncière, la nationalisation des entreprises... etc. Or, très vite de violents combats les opposèrent aux autres forces ayant soutenu, elles aussi, l'insurrection. Ce fut pourquoi, les Bolchéviks créèrent une police politique - la Tchéka - confiée au Polonais Dzerjensky. Mais la guerre, toujours présente, allait estomper pour un temps ces oppositions internes. Sur le front, par milliers, les soldats désertaient ou fraternisaient. Les Bolchéviks ayant promis la paix immédiate, Lénine fut contraint de trouver une solution pour éviter de trop vifs soulèvements.

 

Le parti fut partagé devant les conditions allemandes : Lénine était partisan de les accepter, Boukharine souhaitait mener la guerre révolutionnaire et Trotsky proposait d'arrêter les combats sans signer la paix. Le Comité central retint cette dernière option. L'expectative "ni guerre, ni paix" amena les Bolchéviks à espérer vainement qu'un soulèvement du prolétariat allemand pût enrayer l'offensive en cours. En définitive, Trotsky fut chargé d'annoncer le 3 mars 1918 à Brest-Litovsk le désengagement de son pays. Les sacrifices territoriaux qu'exigea l'Allemagne furent considérables : un quart de la Russie, soit le tiers de la population russe ainsi que les régions agricoles et industrielles les plus productives.

 

La paix avec l'Allemagne engendra une guerre civile : les armées blanches de Koltchak passèrent à l'offensive. Une nouvelle Union sacrée voyait le jour pour faire face à la menace rouge. La jeune République, isolée, assiégée à ses frontières par les puissances étrangères venues soutenir les Blancs et minée par des soulèvements intérieurs dut affronter cette guerre civile durant trente longs mois. Trotsky fut ainsi amené à créer en quelques semaines  l'Armée Rouge ouvrière et paysanne qui, progressivement, devint une armée de classe tant du point de vue du moral que du point de vue de la composition sociale. Toutefois, le moral et la composition sociale n'enseignant pas le métier militaire, on sollicita des officiers de l'armée tsariste pour former ces soldats révolutionnaires.

 

Trotsky se présentait sur tous les fronts. Lui qui ne connaissait que le combat de rue et l'insurrection populaire, inventa la guerre moderne. Général sans épaulette mais stratège inspiré, Trotsky combina guerre de position et guérilla, unités mobiles et galvanisation des troupes au combat. Rapidement, les armées blanches connurent de lourdes défaites...

 

 

Afin de soutenir l'effort d'armement, Lénina imposa dès avril 1918 le communisme de guerre. Les Bolchéviks réquisitionnèrent, dès lors, les récoltes aux paysans à qui l'on avait distribué les terres. Et ce communisme de guerre se transforma très vite en une dictature économique.

 

Devant la paralysie générale de la production, Lénine organisa l'étatisation de l'économie. Le contrôle ouvrier des entreprises fut abandonné. Les Bolchéviks nationalisèrent ainsi la flotte marchande, la grande industrie jusqu'aux entreprises de plus de cinq ouvriers utilisant un moteur ou celles dont le capital minimum s'élevait à 50000 roubles. Le pouvoir bolchévique ne se fit pas scrupule de recourir aux réquisitions forcées : des détachements parcouraient les campagnes ; appuyés sur des comités de paysans pauvres, ils saisissaient tout ce qu'ils pouvaient trouver. L'Etat se chargeait de la distribution afin de réserver à l'armée l'essentiel; ; le reste étant partagé de façon décroissante des ouvriers aux bourgeois.

 

Sous la pression des circonstances, deux idées décisives virent le jour : la nécessité de planifier l'économie et celle de transformer les grands domaines confisqués en grandes fermes d'Etat (les fameux sovkhozes) destinés à fournir les livraisons prioritaires. Outre les "samedis communistes" - jours de travail pour l'Etat imposés aux Soviétiques -, Lénine appelait la jeune génération à étudier, à assimiler toutes les connaissaces de l'humanité pour édifier activement la nouvelle société.

 

Au sortir de sept années de guerre étrangère et de guerre civile, la Russie connut le chaos. Aux millions de morts de ces conflits, il fallait ajouter les millions de victimes de la famine et des épidémies de tiffus notamment ainsi que les chiffres importants des émigrés. La production industrielle chuta à moins de 15 % du niveau d'avant-guerre et la production agricole à moins de 65 %. L'inflation ôtait toute valeur à la monnaie et le peuple fit un retour au troc. En 1921, la guerre terminée, le pays ne supporta plus les contraintes imposées : de grands soulèvements eurent lieu dans les campagnes de l'est de la Russie et de la Sibérie.

 

Kronstadt, place forte contrôlant la Baltique, et la ville de Pétrograd entrèrent en rébellion contre les Bolchéviks. Trotsky et ses camarades prirent la décision de se saisir de cette ville par la force. Les délégués de l'opposition ouvrière représentant l'extrême gauche du parti, se portèrent volontaires pour écraser les mutins de Kronstadt. L'assaut fut donné le 18 mars 1921 : le sang des 30000 morts éclaboussa inévitalement Trotsky !

 

"Nous avons ruiné la Russie pour battre les Blancs", affirmait Trotsky. Il fallut effectivement nourrir et équiper cinq millions d'hommes sur les ressources d'un pays mité par le sabotage économique, par l'invasion étrangère et par la guerre civile. Au début de l'année 1920, Trotsky proposa de desserrer l'étau de contraintes économiques en redonnant aux paysans la liberté de vente. Mais le bureau politique du parti rejeta cette idée. Un an plus tard, Lénine adoptait néanmoinsbla NEP, la Nouvelle économie politique de réconciliation avec les paysans, reprenant en partie les suggestions du chef de l'Armée Rouge.

 

 

La guerre fut vraiment le plus beau cadeau offert à la Révolution d'Octobre en dévoilant au peuple russe l'incapacité du gouvernement de Nicolas II. Après l'abdication du Tsar, la galvanisation des foules mécontentes représentait, pour Lénine et Trotsky, le plus sûr moyen de renverser le gouvernement provisoire. Une fois la capitale aux mains des Bolchéviks, ne leur restait plus qu'à appliquer les thèses marxistes et mettre en valeur le rôle des soviets. Mais rapidement, Lénine dut faire face à de vifs soulèvements contre-révolutionnaires. En favorisant l'Armé Rouge par le biais d'une dictature économique, Lénine stoppait certes la guerre civile mais provoquait de nombreuses mutineries. En 1921, le père de la Révolution songeait enfin à tirer les leçons en adoptant la Nouvelle Politique Economique. L'URSS retrouva la prospérité qu'elle espérait depuis si longtemps. Mais la mort prématurée de Lénine en 1924 souleva le problème de la continuité des mesures mises en place. Staline s'empara du pouvoir, écartant ainsi son rival Trotsky, et entraîna l'URSS dans une dictature jusqu'en 1953.

 

A mon ami Philippe Banaszak.  

M.G. 28 février 1989.

 

 

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GRABARCZYK 20/12/2008 20:18

Comme je l'ai écrit, la Russie n'a connu durant toute son histoire, que sept mois de démocratie ! Et le communisme n'a jamais dépassé le stade de la théorie ! Quele utopie !Merci Lizotchka pour ton commentaire riche de sens !MG

LIZOTCHKA 20/12/2008 01:09

Coucou Michaël!Cela me fait mal de lire des choses sur ce coup d'Etat bolchévique. La Première Guerre mondiale, commencée par le régime tsariste et terminée honteusement par les bolchéviques, a été volontairement oubliée en URSS. Aujourd'hui encore, il n'y a que la GM qui existe. Et chez nous, on oublie que la Russie est entrée en guerre pour ses alliés, ce qui l'a perdue en fin de compte.

GRABARCZYK 22/11/2008 10:27

Grand jour pour les socialistes : Martine Aubry est élue à la tête du PS ! C'est vrai qu'à défaut d'idée, de programme commun, les socialistes préfèrent se battre pour le pouvoir... Ils savent au moins s'occuper. Martine, elle, s'occupe dans son coin : elle joue au cumul de mandats. Après les fonctions de maire de Lille et de présidente de la CUDL, super-Martine gagne un troisième poste. On peut tout de même s'inquiéter pour son pouvoir d'achat, non ? Et que dit Philippe B. de tout ça ? Quoi qu'il en soi, merci pour ton commentaire. A bientôt.   MG
  
 

Philippe B 21/11/2008 08:16

Vladimir Ilitch Oulianov ....
N'était-ce pas ce grand homme qui créa l'union de lutte pour la libération de la classe ouvrière ?
Ne fut-il pas l'homme le plus visionnaire du 20ème siècle ?
N'est-ce pas lui qui a remis sur pied la Grande Russie ?
Il me plait à penser qu'un jour aussi en France, nous pourrons peut être voir l'avènement d'un homme de talent au pouvoir .... Mais le chemin est encore long .... Continuons la lutte !!
 
Concernant l'auteur de ce texte, juste un commentaire qui n'engage que moi .... Merci !