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L'écriture d'une nouvelle policière à énigme (Pierre Boileau)

Publié le par MG

Document élèves

Séance n°6 : La résolution de l'énigme

Madame et Monsieur Vigneray ont été agressés dans leur appartement. Un détective privé, André Brunel, démêle les noeuds de l'enquête et trouve le coupable...

- On pourrait appeler mon raisonnement : la méthode des "donc".
Dans l'appartement de la rue Greuze, trois personnes : Marcel Vigneray, sa femme, l'inconnu. Simone Vigneray ouvre une fenêtre, appelle au secours, tombe blessée. Des voisins se précipitent sur le palier. D'autres regardent la fenêtre. A ce moment, l'incnnu est toujours dans l'appartement, puisque les témoins entendent un bruit de lutte, puis les deux coups de revolver qui tuent Marcel Vigneray. Pourtant, lorsque ces témoins entrent dans l'appartement, l'assassin a disparu.
Or, et assassin n'a pas le pouvoir de se rendre invisible, cela est une impossibilité matérielle. Il n'a pu, d'autre part, passer à travers les murs, seconde impossibilité. Donc, il a utilisé une des trois issues. Laquelle ?
La fenêtre de la salle à manger ? Impossible. L'appartement est au troisième, enfin, et surtout, cette issue était surveillée. La porte de l'entrée principale ? Impossible. Les voisins se trouvaient devant.
Seule, la porte de l'escalier de service n'était pas gardée. Donc l'assassin est parti de ce côté.
Oh ! je connais l'objection. La porte était fermée de l'intérieur. Mais cette fois l'impossibilité n'est qu'apparente. Le verrou ne pouvait être poussé du dehors, voici la seule impossibilité matérielle. La porte a donc été fermée par quelqu'un demeuré dans l'appartement. Qui ?
Marcel Vigneray était mort. Nous n'avons pas le choix.
Simone Vigneray, comprimant sa blessure pour qu'aucune trace de sang ne puisse trahir son geste, et rasant les murs pour qu'on ne l'aperçoive pas du dehors, s'est traînée jusqu'à la cuisine, a fermé la porte derrière le fugitif afin que nul ne songe à le poursuivre de ce côté, puis a regagné la salle à manger où, épuisée par son effort, elle s'est écroulée évanouie.
Mais pourquoi Simone a-t-elle sauvé l'assassin après avoir failli le perdre ? Car ce sont ses appels qui ont ameuté la rue. Il y a là un non-sens apparent. Réfléchissons.
Puisque Simone sauve l'inconnu, c'est donc qu'elle n'a pas voulu le perdre. C'est donc que, lorsqu'elle a appelé au secours, c'était l'inconnu qui était en danger.
Je vois que tu commences à comprendre.

Pierre Boileau, "Six crimes sans assassins" in Chambres closes, Club du Livre policier, 1961.


1. L'enquêteur :
Qui mène l'enquête ?

A qui s'adresse-t-il ?

Quelle énigme doit-il résoudre ?

2. Les faits / les témoins :
Quels sont les faits exposés ?

Qui sont les témoins ? Où se trouvent-ils ? Qu'entendent-ils et que voient-ils ?

3. Le raisonnement de l'enquêteur :
Quelle est la première difficulté rencontrée par l'enquêteur ?

Comment va-t-il procéder pour deviner l'issue prise par le meurtrier ?

Quelles sont les deux autres difficultés qu'il va rencontrer ?

Comment comprenez-vous les phrases suivantes : "Puisque Simone sauve l'inconnu, c'est donc qu'elle n'a pas voulu le perdre. C'est donc que, lorsqu'elle a appelé au secours, c'était l'inconnu qui était en danger." ?



Fiche professeur

Dominante :
lecture

Objectifs :
Faire comprendre aux élèves le raisonnement logique qui mène à l'arrestation d'un criminel.
Formuler et vérifier des hypothèses, des déductions.

Déroulement de la séance (une heure) :
Cette séance est destinée à une classe de Seconde professionnelle. Après avoir rappelé ce qui a été entrepris lors des dernières séances de la séquence portant sur l'écriture d'une nouvelle policière à énigme (l'incipit, la description de la scène du crime), le professeur remet aux élèves le texte de Boileau et le questionnaire portant sur la compréhension du texte.

Les élèves lisent puis travaillent seuls le questionnaire durant une quinzaine de minutes.

Le professeur et les élèves procèdent à une mise en commun des éléments de réponses. Afin d'étoffer les réponses et de vérifier la bonne compréhension de l'extrait, le professeur détaille à l'oral son questionnement durant une vingtaine de minutes.

1. L'enquêteur :
Qui est narrateur ?
A qui, selon vous, s'adresse-t-il ?
(indice : "tu", c'est un familier)

2. Les faits / les témoins :
Où le meurtre s'est-il déroulé ?
Qui sont les personnes présentes dans l'appartement ?
Que s'est-il réellement passé ?

3. Le raisonnement de l'enquêteur :
Combien d'issues y a-t-il dans l'appartement ?
Laquelle semble avoir été choisie par le meurtrier ? Pourquoi ?
Qui a pu fermer cette porte ? Pourquoi ?
Comment a-t-il procédé pour résoudre ces difficultés ? (observation-déduction)
Quel nom donne-t-il à son raisonnement ?


Selon vous, qui est l'assassin et quel est son mobile ? La parole de l'élève est ici souveraine.

Le professeur remet la seconde partie du texte que les élèves collent à la suite du questionnaire corrigé. Un élève peut lire à voix haute cet extrait.

Il y a eu un renversement des rôles. L'agresseur, l'ennemi, ce n'est pas l'inconnu... c'est le mari.
C'est le mari qui est entré le troisième dans l'appartement, le mari qu'on attendait pas et qui a devancé son retour pour surprendre et châtier l'épouse infidèle et l'ami qui le trahissent. Les deux couverts que nous voyons sur la table sont ceux des deux amants, et si la bonne n'est pas présente au dîner, c'est parce que, pour des raisons qu'on comprend facilement, lorsque Simone reçoit celui qu'elle aime, elle se passe des services de sa domestique.
Donc le mari trompé a la preuve de la trahison. (...)
Marcel Vigneray braque son révolver sur le couple. L'amant se jette sur lui... et comme à ce moment, c'est l'amant qui est désarmé, donc en danger, Simone ouvre la fenêtre et appelle.
Cependant, Marcel peut se dégager de l'étreinte de son adversaire. Il tire sur sa femme qu'il abat. Ce crime doit décupler les forces de l'amant qui, après quelques instants de combat, arrache l'arme des mains de son ennemi, et tire à son tour. Puis c'est la fuite que je viens de t'expliquer.


De nouvelles questions sont posées à l'oral durant une dizaine de minutes afin de confirmer les hypothèses de lecture, les déductions formulées précédemment par les élèves : ils ont ainsi mené un vrai travail de détective.
Qui est donc le meurtrier ?
Quel est son mobile ?
Pourquoi Simone a-t-elle appelé au secours ?
Qui a tiré sur elle et qui a tué son mari ?
Comment l'enquêteur termine-t-il son raisonnement ?
(retour aux premières constatations)

Le professeur demande enfin aux élèves de reformuler la scène du crime.

MG 30 mars 2009.

 

Lire aussi : Un petit polar pour les grands (Sophie Loubière) 

 

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miss hyde 30/09/2009 00:05


j'ai lu ta sequence de travail, mais n'etant pas prof de français, je n'ai pas tout compris, neanmoins, c'est interessant pour moi,  parce que mon roman va être etudié ce trimestre ci par
des élèves de seconde et je dois intervenir devant eux en décembre, après leur lecture et le travail avec le prof., mais je me demande comment le prof aura travaillé avec eux entre temps. En
ecrivant je n'ai jamais refléchit  à une demarche pédagogique, en fait...donc si tu as un lien qui peut m'aider  à comprendre comment on travaille sur un roman policier en français ( de
façon générale ) cela m'interesserait de lire ce que tu me conseilles. bonne soirée & bon courage !


cynic63 07/04/2009 09:28

Bonjour. Persos, je lis beaucoup de romans policiers (en fait, plutôt des romans noirs). J'ai "testée des ouvrages qui fonctionnent assez bien avec des bacs pros ou des bep. "Les fiançailles de M.Hire" de Simenon ou, très récemment, "La bête et la Belle" de Thierry Jonquet. Je recommande ce dernier ouvrage pour sa construction, sa chute, les différentes voix narratives qui s'y font entendre. En plus, moins de 200 pages, cela ne rebute pas les élèves. Coridalement

Michaël GRABARCZYK 03/04/2009 19:54

Laurence,Je ne lis panon plus de romans policiers... en revanche, je me documente pour écrire (ou bâtir un cours)...MG

Michaël GRABARCZYK 03/04/2009 18:48

Marie,La notion de "narrateur" est évoquée dans une de mes éventuelles questions de relance que je pourrais formuler à l'oral aux élèves en difficulté, mais elle est inutile à la compréhension et à l'interprétation personnelle du texte retenu.Effectivement, je suis un maniaque de la préparation de cours. Et pour être honnête, je nai publié sur ce blog que des cours qui ont très bien fonctionné cette année.Merci de l'intérêt que tu portes à ces prépas.MGMG

L'irlandaise 03/04/2009 18:30

etonnant cet article, vu le sujet dont je parle sur mon blog depuis 1 moment !  En fait, c'est assez remarquable, le travail que l'on peut faire autour de ce type de sujet ( le policier ) c'est tres interessant pour moi - tu t'en doutes - de voir la méthode employé par un prof de français. j'apprends des choses...En fait ( je ne sais si cela va te sembler bizarre ou pas ) , je n'ai pas franchement reflechi à la manière dont j'articulais mon intrigue, je ne lis moi mm pas bcp de romans policiers, mais je regarde des films et puis j'avais surtout des choses à dire et envie de les ecrire de cette manière..., alors j'ai simplement construit un recit  à enigme... le meurtrier est connu mais c'est le mobile qui ne l'est pas, dans mon récit... mais  à toi de juger - en tout cas pour le tout début - puisque j'ai suivi ta suggestion ( après avoir hésité! )  et mis en ligne la 1ere page du roman...bon week end ! amicalement, laurence

Marie 03/04/2009 00:39

Bonsoir Michaël,Etant donné que j'ai bien avancé dans mon boulot hier, j'en profite pour faire un tour sur la bloggosphère! J'ai découvert avec plaisir ce nouvel article qui, vous vous en doutez, ne peux manquer de m'intéresser. Je trouve cette leçon très bien conçue : elle ne peut manquer d'intéresser les élèves, elle aborde néanmoins des notions tels que le 'narrateur' et elle permet aux élèves d'exercer leur capacité à raisonner. Vous semblez aimer développer des préparations de cours, et je dois avouer que c'est un des aspects du métier de prof qui ne me déplait pas du tout, que du contraire, car je découvre sans cesse de nouvelles choses! Bonne nuit (?), à bientôt!