Etre
présent, c'est se cacher et en même temps être éclairé.
Martin
Heidegger, Aléthéia in Essais et Conférences.
C'est de l'obscurité que naît, dans l'oeuvre de Pierre-Yves Bohm (né en 1951), la lumière et dans la matérialité des fonds que s'inscrit l'immatérialité des
êtres. Tracés elliptiques de visages fantomatiques et de silhouettes flottant dans un magma d'informations ambiguës, l'image se révèle à la clarté du rester-caché.
L'oeuvre
de Bohm est à envisager comme un ensemble d'éléments disparates affirmant leur existence par les relations qu'ils entretiennent. Les matières en suspension ou en dissolution dans la peinture
n'ont de valeur qu'en renvoyant à autre chose qu'elles-mêmes. Les objets existent dans leurs rapports aux autres tout comme nous prenons conscience de nous par le monde qui nous
entoure. Par ailleurs, ne pourrait-on voir, chez Pierre-Yves Bohm, le visage comme "la figure archétypale de l'altérité"1 ?
Dans un même temps, l'accumulation de ces
éléments disparates tels que les petits sacs, les morceaux de miroir et de céramiques ou encore les épaisses couches de peinture mêlées à des procédés de treillage ou de tressage, obscurcit
la lecture de l'oeuvre. L'image se perd ainsi au fil de sa constitution.
Notre regard ne doit donc pas se contenter de ce que la peinture nous donne à voir ; il doit aussi fouiller à travers la lente sédimentation des
matériaux pour en extraire la quintessence. Car l'art de Pierre-Yves Bohm opère dans un double mouvement d'enfouissement et de révélation, et c'est en celà qu'il nous fascine autant qu'il nous
échappe.
1. Marc Vaudey, Pierre-Yves Bohm, La Maison, Douai, novembre 1992.
Photographies : atelier de Pierre-Yves Bohm à Presmesque, 22 mai 1999.
MG Novembre 1998.
Pierre-Yves Bohm, Sans titre (détail), 1998, huile sur toile, 130 x 195 cm..
photographie : Tandem/F. Miette - Atelier (é).