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Le sarcophage Ludovisi

Publié le par MG

Ce grand sarcophage d'officier romain en marbre de Proconnèse datant de 251  représente une bataille entre Romains et Barbares. Acheté après sa découverte par le cardinal Ludovico Ludovisi, qui lui donne son nom, il est aujourd'hui conservé au palais Altemps, à Rome, tandis que son couvercle se trouve au Musée central romain-germanique de Mayence, en Allemagne.

 

SARCOPHAGE LUDOVISI

 

1. Description :

"Le panneau frontal du sarcophage Ludovisi représente une mêlée entre soldats romains et Barbares. Les premiers portent casque, cuirasse ou tunique de mailles, épée courte et manteau militaire. Les seconds sont reconnaissables à leurs cheveux longs, leur barbe et leur pantalon ; certains portent une tunique alors que d'autres sont torse nu. Le placement des différentes figures suggère que les Romains, qui semblent sortir du fond du relief, ont mené un mouvement d'encerclement des Barbares : après avoir enfoncé le centre de la ligne ennemie, les ailes se referment sur les Barbares. Le visage de ces derniers, désormais certains d'être vaincus, est empreint de souffrance et d'angoisse, alors que les Romains restent impassibles." (Wikipédia)

 


2. Analyse plastique :

Le traitement s'éloigne de celui classicisant associé à l'illustration des mythes grecs.

  • Un souci du détail :

- Peu de profondeur dans l'espace, peu de jalons spatiaux si ce n'est par l'emploi d'obliques et de raccourcis dans la représentation des chevaux et des personnages allongés.

- Utilisation du trépan pour "dessiner" la chevelure en désordre des Barbares, les plis vifs des drapés et la musculature des personnages écrasés.

Mais, la technique du marbre poli, brillant dans ses formes exarcerbées prive l'ensemble de chaleur substancielle ; le rendu est certes maniéré, précieux mais glacial en raison du poli. 

  • Un sens du dramatique, de la théâtralité :

- Bouillonnement rendu par des oppositions d'ombres et de lumière.

- Technique en négatif accordant de l'importance à la forme au détriment du fond comme sur la colonne de Marc Aurèle (fin IIe siècle) ; débordement du cadre.

- Expressivité des personnages par leurs traits, violence suggérée par l'écrasement, sentiment de peur.

- L'empereur Hostilianus (mort en 251 après un mois de règne) se détache de la masse des soldats et domine la scène. Le réalisme est poussé jusqu'à une certaine théâtralité.

- Point de vue non classique : sens du pathétique et force de l'expressivité.

Mais l'absence d'individualisation des Barbares et des visages romains transforme en symbole le réalisme baroque apparent de la bataille. Cette réalisation symbolique et l'abandon des proportions annoncent la grande imagerie médiévale.

  • La croix de Mithra sur le front du personnage central :

SARCOPHAGE LUDOVISI 2-

Mithra : divinité perse issue du dieu indien Mitra apparu en 500 avant J.C. dont le culte est célébré dans le monde hellénistique (identifié à Hermès) et contrecarrera les progrès du christianisme dans l'Empire romain jusqu'au IVe siècle.

- A la fin du IIIe siècle, Gallien met en place un programme de restauration avec une philosophie éthique de l'Etat. Dioclétien (284-305) souhaite rétablir l'ancienne religion romaine (d'où les persécutions de chrétiens) et déborder politiquement et socialement sur toutes les frontières de l'Empire (nouvel ordre stable de Rome).

 

 

3. Analyse comparative avec d'autres sarcophages de bataille du IIe siècle :

  • Sous Marc Aurèle (161-180) : une tendance à suivre l'archétype hellénistique (figures académiques, compassées et polies) :

- Sarcophage d'officier romain évoquant la guerre de Troie datant de 162-165 : représentation selon le modèle hellénistique de prisonniers troyens avec des cheveux et des barbes hérissées, des bonnets phrygiens et des pantalons étroits devant Néoptolème. Les formes sont puissantes, solides et bien polies.

- Sarcophage de Junius Euhodus (101-170) conservé à Ostie et représentant le mythe d'Admète et Alceste : fond garni, figures se détachant du fond et cheveux creusés à l'aide d'un trépan.

Mais un changement stylistique s'opère avec les guerres en Orient et l'empiètement des Parthes sur l'Arménie. L'Empire romain s'agrandit avec la Mésopotamie et l'Osroène. Mais la peste et la volonté des Marcomans, des Quades, des Sarmates d'envahir les territoires romains menacent la stabilité de l'Empire.

  • Sous Commode (180-192) : un changement de fond dans les scènes de bataille :

- Sarcophage du Vatican datant de 180 et s'inspirant de celui de Néoptolème avec représentation cette fois de Barbares et non de Troyens et de légionnaires romains aux traits individualisés : transposition du plan mythique au monde réel, relief crevassé, expressivité.

- Colonnes trajane et aurélienne : mêmes transformations que celles observées sur le sarcophage du Vatican.

SARCOPHAGE PORTONACCIO-

- Sarcophage de la bataille de Portonaccio datant de 190 (voir photo ci-dessus) montre la victoire incontestable du commandant romain.

 

 

La sculpture du turbulent IIIe siècle (anarchie militaire) est de qualité inégale. Les bas-reliefs deviennent plus rudes et une tendance à revenir au style d'une symétrie abstraite se dessine. Le style presque populaire et la persistance des classiques éléments grecs se retrouveront réunis dans l'arc de Constantin.

 

MG - 1994-2014.

 

 

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