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Les caractéristiques artistiques d'Andrea Mantegna au travers du Saint Sébastien d'Aigueperse

Publié le par MG

Artiste savant dont on reprochait l'austérité de son art, Andrea Mantegna (1431-1506) ne voulait pas faire dans le beau, ni dans le facile. A travers son oeuvre majeure, le Saint Sébastien, réalisé vers 1480, nous dégagerons les traits caractéristiques de cet artiste.

On pense aujourd'hui que cette tempera sur toile de deux mètres cinquante-cinq sur un mètre quarante fut d'abord le cadeau de mariage que Humbert de Gonzague, marquis de Mantoue et protecteur du peintre Mantegna, aurait offert à sa fille Claire et son époux Gilbert de Montpensier. Le tableau se trouvait alors dans la Sainte-Chapelle du palais des Montpensier. Mais, on le redécouvre dans l'église Notre-Dame d'Aigueperse, en Auvergne. En 1910, il rejoint les collections du musée du Louvre, à Paris. Tableau le plus connu, c'est aussi une oeuvre de maturité.

 

Andrea Mantegna

 

Rappels :

La scène peinte représente le martyr de Saint Sébastien. Né aux alentours de l'année 260 à Narbonne, d'un noble du pays et d'une dame de Milan, tous deux fervents chrétiens, Sébastien s'engage dans l'armée romaine afin d'aider les chrétiens martyrisés. L'empereur Dioclétien le remarque et le nomme capitaine d'un détachement de sa garde. La foi profonde de Sébastien lui permet de réaliser plusieurs guérisons miraculeuses et de convertir un bon nombre de païens. En 288, Dioclétien lui reproche sa conduite et tente de la persuader d'abjurer sa foi ; Sébastien refuse. L'empereur ordonne alors aux soldats mauritaniens - habiles archers - qu'il commandait de se saisir de lui et de le mettre à mort. Il est ainsi lié à un arbre (ou une colonne) et ses archers lui tirent dessus puis le laissent pour mort.  

En donnant une sépulture à Sébastien, Irène, veuve du saint martyr Catule, s'aperçoit qu'il respire encore. Certains pensent que ses hommes, en raison de l'affection qu'ils avaient pour lui, évitèrent de toucher un organe vital. Transporté chez Irène, Sébastien guérit et se rend devant l'empereur afin de lui reprocher son incroyance. L'empereur le fait assommer à coup de massue et ordonne que l'on jette son corps dans les égoûts de Rome. Cela se passe le 20 janvier. Mais Lucine, une chrétienne , le trouve et le fait enterrer. Une église sera construite sur son tombeau.

Initialement, saint Sébastien était un saint fondateur avant de devenir un saint guérisseur au VIIe siècle. En 680, il est invoqué pour délivrer Rome de la peste et garde un rôle protecteur au Moyen-Age. Saint Sébastien est le patron des archers et, en 825, sous le règne de Charle le Chauve, le pape Eugène II confie aux archers le transfert des reliques du saint dans l'abbaye royale de Saint-Médard à Soisson. Mais saint Sébastien est également le patron des marchands de ferraille et des confréries de charité. Tous les ans, aux alentours du 20 janvier, les compagnies de tir à l'arc fêtent la saint Sébastien.

 

 

 

1. Les valeurs de la tradition gothique :

  • L'ornement : festons, guirlandes, ornements sculpturaux et architecture médiévale à l'arrière-plan ; minutie du détail.
  • La technique : technique de la tempera ; peinture a secco pour les détails.
  • La composante archaïque : provenance des personnages inconnue peints avec un réalisme brutal rappelant les traits des personnages représentés dans certaines oeuvres du Nord, notamment celles de Rogier Van der Weyden ; perspective atmosphérique absente, archaïsme dans la disposition des schèmes.

 

2. Un renaissant résolu :

  • L'archéologie : personnage principal vêtu à l'antique ; représentation de ruines, d'inscriptions faisant référence à l'architecture antique que redécouvrent les humanistes de l'époque ; reprise de la statuaire antique en délinéant le corps du saint ; grisaille, monochromie de certains détails (Mantegna a atténué les couleurs en passant du blanc d'oeuf en guise de vernis).
  • L'attention historique : reconstruction de l'instant, du rôle de la douleur (corps tendu et visage contracté du saint) ; relation des êtres ; personnages ayant leur propre vérité, leurs propres vertus, leurs propres valeurs.
  • Les valeurs modernes : perspective mathématique, clarté du récit, intelligibilité de l'espace ; reconstruction d'un évènement dans un environnement rationalisé par l'emploi de la perspective ; rejet de la nature dans les marges de l'héroïque.

 

3. Un maniériste en puissance :

  • Un art de la mise en scène : attirer le spectateur par des personnages hors du plan figuratif (le premier plan) ; continuum avec l'espace réel du spectateur introduit par des personnages admoniteurs ; illusionnisme (contemplation plutôt qu'engagement du spectateur) ; art de la rhétorique : "instruire, émouvoir et plaire" avec pour moyens : l'invention, la disposition, l'élocution, la mémoire et l'action.
  • Des couleurs irréalistes : le jaune du vêtement de l'archer, par exemple.
  • Des nuages, des nuées : aspect onirique, mélancolique et nostalgique ; nuages formant des profils humains, des cavaliers... ; ouverture, percée sur le ciel et sur le décor environnant.

 

On a souvent reproché à Mantegna de n'avoir pas su "faire vivre" ses scènes (représentation non végétale) et sa fascination pour tout ce qui est dur, minéral et en ruines. On notera son goût, évidemment, pour les arêtes qui accentuent le côté tranchant de son art. Quant au détail du figuier, arbre de la Résurrection, il représente le nouveau monde, le salut.

 

 

MG - 10 juillet 2012.

 

 

Lire aussi :

- Alberti et Mantegna : styles "dissolu" et "composé".

 


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