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Tout l'oeuvre de Pierre Bonnard

Publié le par MG

La vie de Pierre Bonnard (1867-1947) s'étend sur une période qui a connu les plus grandes transformations de notre civilisation. Bonnard satisfait le désir de changement en même temps qu'il rassure par ses scènes intimistes. Son oeuvre présente des affinités d'ordre littéraire, sentimental et humain plutôt qu'artisanal. On ne peut donc éprouver que de la tendresse pour cet homme, pour ses petites misères et ses faiblesses quotidiennes.

Sa vie se caractérise par :

  • les années d'apprentissage jusqu'à la fin de la période dite "nabie" ;
  • les années d'affirmation (1900-1920) durant lesquelles Bonnard se limite à ce qui compose son intimité pour défendre son indépendance ;
  • les années de solitude, forme intransigeante de la liberté.

 

BONNARD 1

Pierre Bonnard, Balcon à Vernonnet, 1920, huile sur toile, 100 x 78 cm,

musée des Beaux-Arts, Brest.

 

A. Une composition personnelle : 

1. L'attention pour l'instable : introduction d'une sensation personnelle :

BONNARD 2

- Reprise des mêmes thèmes (nus, intérieurs, rues, paysages, ateliers...), des mêmes détails pour obéir à un sentiment intime, pour noter la variété des modulations, des couleurs et de leurs accords.

- Refus d'immobiliser l'éphémère, le provisoire mais volonté, contrairement aux impressionnistes qui cherchent à fixer l'instant, de découvrir ce qu'il y a de stable dans cette légèreté.

- Attention pour l'instable tout en donnant un caractère permanent à la scène.

- Rejoint une sensation intérieure de l'éphémère, contrairement au provisoire impressionniste venu de l'extérieur.

Ainsi, la composition est à la fois stricte et souple.

 

2. Le besoin d'ordre : mise en place d'une perspective personnelle :

BONNARD 5

- Schéma géométrique pour organiser la distribution des différents éléments du tableau. Mais cette rigueur est cachée par la peinture, par le décentrage, les obliques, les différences de proportions, les formats insolites des toiles et les divisions en compartiments géométriques. Tout ceci confère à une organisation personnelle de l'espace.

- Suppression du relief. Mais, l'univers reste frémissant de vie (concentration d'infinies vibrations). La forme dépend ainsi de son rayonnement lumineux.

- Fermeture du paysage par l'horizon ; enfermement du monde par les miroirs.

- Premier plan aux proportions énormes et adoption d'une perspective redressée avec les tables.

 

 

B. Une sensation perceptible par la couleur :

1. Les débuts :

BONNARD 3

- Utilisation d'une touche qui fragmente la couleur sans la diviser en tons.

- Importance des volumes du premier plan, composition décentrée, compression de l'espace, densité de l'atmosphère, suppression de l'horizon lointain qui annoncent sa personnalité. La couleur va rendre incertaines les limites de la forme et de son volume et adoucira les structures trop rigides (unité du tableau).

- Peinture qui va au-delà des théories et qui représente l'entourage proche de l'artiste.

- Non utilisation de couleurs en surface unie mais, à l'opposé de l'art japonais, en touches visibles.

- Pas de suggestion du scintillement et de l'instabilité de la lumière mais, à l'inverse des impressionnistes, un rendu de surfaces simplifiées vivantes.

- Utilisation du noir comme couleur.

En définitive, ce rejet de la perfection mécanique est une forme de naïveté qui donne à ses toiles une apparence d'improvisation, de désinvolture acceptée.

 

2. La maturité de son art :

BONNARD 4

- Contrastes durs de couleurs vers 1910.

- Rapprochement de tons voisins (orangé/jaune, rouge/violet...) qui montre une acuité de sensation presqu'irritante pour la vue.

- Eclat des harmonies même avec des blancs laiteux, rosés ou mauves.

- Emploi sans violence de couleurs fortes (rouge ardent, grandes surfaces bleu foncé ou noires) qui adoucissent les contrastes.

- Contre-jours devenant lumineux.

- Conjugaison des intensités de chaque élément : exaltation plutôt qu'opposition.

- Utilisation de la peinture en tant que matière colorée et non pour faire un simulacre. Le réel se métamorphose en zones de couleurs transformant l'espace et créant des distorsions de plans.

 

Ses dessins ont une dimension humoristique sans tomber dans la caricature. Ils sont un aide-mémoire. L'absence de traits appliqués, l'inscription de petits signes, de petites touches comme dans sa peinture permettent de capter la vie et l'imprévu.

 

BONNARD 6

Pierre Bonnard, L'Atelier au mimosa, 1939-1946,

huile sur toile, 127 x 127 cm, Musée National d'Art Moderne, Centre Georges Pompidou, Paris.

 

L'art de Bonnard se caractérise comme suit :

- complexité et richesse d'une création qui, a priori, semble simple mais qui doit être fouillée ;

- moyens mis à la disposition du sentiment et de l'émotion ;

- perpétuels changements : complexité de la composition et images appelant à la méditation ;

- peinture d'une société oisive, fermée sur elle-même ;

- accent évident de féminité.

 

MG d'après Raymond Cogniat, Bonnard, éditions Flammarion, 1989 - 03 mai 2013.

 

Illustrations dans le texte, de haut en bas :

- Pierre Bonnard, La Côte d'Azur, ca 1923, huile sur toile, 79 x 76 cm, The Philipps Collection, Washington DC.

- Pierre Bonnard, La salle à manger à la campagne, 1913, huile sur toile, 168 204 cm, Minneapolis Institute of Arts.

- Pierre Bonnard, Enfant mangeant des cerises, 1895, huile sur carton, 52 x 41 cm, The National Gallery of Ireland, Dublin.

- Pierre Bonnard, Nu à contre-jour, 1908, huile sur toile, 124,5 x 108 cm, Musées Royaux des Beaux-Arts de Belgique, Bruxelles.

 

 

Lire aussi :

- Pierre Bonnard, Rue Eragny-sur-Oise.

- Pierre Bonnard, L'Atelier au mimosa - Vidéo Palettes.

 

 

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