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Un ange blonde - chapitre 2

Publié le par MG

Chapitre 2

Le temps des confidences

 

 

15 août - 11h44

2010.04.08 LILLE 9999999992Bonjour mon amie,

J'ai triché. Depuis le premier jour... Je vais vous expliquer.

Je m'intéresse à votre mystère depuis le début de notre correspondance... Après avoir été séduit par votre image, j'ai entrepris des recherches sur l'histoire de votre famille sans trouver, hélas, la moindre mention de votre existence. Je connais aujourd'hui quelques figures de votre lignée qui remonte au XVIe siècle. J'ai observé les armes de votre Maison avec ses trois fasces d'or dentelées vers le bas... Faut-il vous parler du château ?

Hier, je voulais que vous me confirmiez votre parenté avec cette très vieille famille de France.  

Ne voyez aucune malhonnêteté dans ma démarche. J'aurais dû vous dire que je suis curieux.

Vous m'avez plu ; j'ai voulu savoir.

Je ne vous juge pas au travers de l'Histoire. Sachez néanmoins qu'il ne m'est pas facile de voir mes doutes se confirmer.  

Affectueusement.

 

15 août - 23h37

Jeane,

Je crains d'avoir été maladroit dans le précédent mèl.

Pour répondre à votre question finale, je vous rappelle que je me doutais de votre appartenance à cette famille noble et vous confie que c'est la première fois que j'échange avec une personne ayant une histoire familiale aussi riche.

Descendant d'ouvriers et de domestiques (ma grand-mère évoque, dans ses souvenirs, un arrière-arrière-arrière... parent serviteur d'un tsar au XIXe siècle ; ne me demandez pas lequel), le passé de mes aïeux "se résume" à la déportation et à l'émigration. Point d'arme, ni de seigneuries chez nous mais des arrestations par le KGB puis la DST et des humiliations militaires en guise de blason ! Pardonnez encore ma maladresse (vous voyez que ma verve n'a parfois rien de réfléchi !) et ma curiosité (je voulais vous connaître avant l'heure !).

Je vous souhaite une douce nuit.

 

 

16 août - 5h11

A l'Ouest, rien de nouveau ?

Le jour s'est levé à Lille après une tempête automnale en cette mi-août... je n'ai quasiment pas dormi.

Surprise en allumant l'ordi : aucun message en provenance de la Louisiane. J'espère que vous allez bien.

Tendrement.

 

 

18 août - 00h43

Ma véritable amie, mon amante virtuelle,

J'ignore encore à cette heure ce qu'il adviendra de nous... Probablement ce qu'il y a de meilleur pour chacun ; et si chacun de nous obtient de l'autre ce qu'il peut y avoir de meilleur, nous jouirons alors ensemble de nos espoirs et de nos passions.

J'appréhende aujourd'hui plus qu'hier encore notre confrontation parce qu'elle nous révèlera enfin, l'un l'autre. Elle sera le risque d'une déception. Bien que notre correspondance me rassure en ce sens qu'elle n'est que l'illusion d'une aventure, notre rencontre me déstabilise déjà car elle accomplira l'aventure de nos illusions.

Je vous écris la vérité. Je vous ai toujours écrit la vérité parce que je vous ai aimé chaque jour davantage. Je vous aime au travers de vos mots sages et fous. Je vous aime quand vous hurlez votre désarroi, quand vous pleurez la tristesse du monde, quand vos émotions vous étouffent, quand vous vous perdez face à la mer. Je vous aime fragile, colérique, responsable, déraisonnable. Je vous aime narratrice ; je vous aime lectrice. Je vous aime récitant l'insensé. Je vous aime me reprochant. Je vous aime m'aimant. Je vous aime, Jeane. Tout simplement. Là et maintenant.

Et je suis curieux de l'avenir.

Je vous veux, inconnue, aussi maladroite et belle que vous paraissez dans votre courrier.

"L'amour", écrivit un jour Flaubert, "n'est qu'une curiosité supérieure, un appétit de l'inconnu qui vous pousse dans l'orage, poitrine ouverte et tête en avant." J'ai terriblement faim de vous. Lisez donc mes propos irréfléchis ou ridicules : ils annoncent l'orage !

C'est pourquoi ce désir qui me terrifie ne trouvera de sens que dans l'assouvissement de nos sens. A présent, je sais que je n'aurai d'autre plaisir que lorsque j'écouterai vos silences taire les rumeurs du monde, votre respiration m'insuffler vos pensées et votre coeur s'emballer sur le rythme endiablé de nos passions. A ce moment précis, je me délecterai enfin à la vue de notre pudeur et de notre embarras partagés.

 

18 août - 14h04

Jeane,

Je crois que vous êtes mon amour (j'aurais dû commencer cette lettre autrement qu'en vous interpellant par votre prénom) puisque ce sont mes sentiments à votre égard qui me rendent léger et presqu'insouciant aujourd'hui. Ils me conduisent partout sereinement. Je ne pense même plus à vous ; je vous sens en moi. Me comprenez-vous ?

Aujourd'hui, je vis pour vous. Pour nous.

Aujourd'hui, vous vivez en moi ! C'est agréable... très doux.

Je suis encore plus sot qu'auparavant : je vous parle intérieurement. Si le monde se rend compte de ma démence, je lui hurlerai en souriant : "J'aime Jeane !"

J'ai cherché vainement quelque excuse pour renoncer à cet élan.

Impossible d'éteindre mon ardeur !!!

Pas de fantômes ou autres images goyesques. Tout est explosion de couleurs ! A la manière de Joan Mitchell, lumières et couleurs dans toute mon âme.

Pas de connecteurs logiques. Aucun syllogisme... je ne (me) raisonne pas aujourd'hui. Je laisse mon esprit vagabonder.

Aucune sagesse. De la folie !

De la Terre au Ciel, j'avance à cloche-pied sans compter... 

Fidèlement,

M.

 

 

19 août - 20h37

Ne sentez-vous pas ce parfum nouveau qui s'exhale la nuit tombée ?

Il se répand, large comme une vipère plate, autour de moi, lorsque je m'abandonne à vous, pleinement. Il semble le rappel de votre existence, loin de moi. Il se love avant de s'introduire par mes pores, mon nez et ma bouche au coeur de mes entrailles. Sans ménagement, il me transperce de toutes parts. Puis, tandis que je suffoque, il me transporte vers ce lointain qui vous retient.

La métamorphose est accomplie. La sensation devient plénitude. Elle est douce et caressante, bien qu'indicible.

La pesanteur n'existe plus. Pas la moindre matérialité dans cet état vaporeux.

Ne ressentez-vous pas cette légèreté qui vous caresse maintenant ?

Je ne vous distingue pas. Pourtant, je ne suis jamais aussi proche de vous que lorsque le soleil se couche. Je ne vous vois pas bien que je sois déjà en vous.

Silence.

L'effort devient inutile.

Tout se passe sans la moindre lumière, loin de toute ombre. Dans cet espace intermédiaire, nous sommes l'entre-deux. La jouissance n'est qu'un flux continu que nous vivons presqu'éternellement.   

Humez l'air ce soir, mon amour, pour que je puisse vous rejoindre au plus vite.

 

 

19 août - 23h10

Peu m'importe que vous soyez une piètre maîtresse de maison... soyez déjà ma maîtresse, sans concession.

 

19 août - 23h51

Laissez-moi m'essayer aux jeux de l'amour, aussi maladroit que je puisse l'être et gagner votre confiance qui guidera à jamais mes pas.

Laissez-moi me perdre en votre creux, satisfaire ma bêtise, combler le désir qui m'assaille ; c'est là même que je tressaille !

Laissez-moi aussi me rendre complice, dans la volupté de notre étreinte, de vos attentes, de vos besoins ; laissez-moi donc vous retrouver.

Laissez-moi enfin... laissez-moi puisqu'en l'instant je suis déjà vous. Laissez-moi... et je vous laisserai vous essayer à mon jeu, aussi maladroite que vous puissiez l'être.

 

 

20 août - 14h47

Aujourd'hui, mauvaise journée. Je suis dans l'incapacité de rester debout. A travers la fenêtre de ma chambre, je regarde le soleil t'éclairer.

 

20 août - 19h36

Bonsoir ma Belle,

Je suis sorti en fin d'après-midi... quand les douleurs étaient moins fortes. Je ne pouvais plus rester enfermé chez moi.

Tu as visité mon site, l'antre du minotaure, dans lequel tu apprendras énormément sur moi en cherchant bien.

Tu te demandes ce que tu "fiches avec moi" ? C'est pourtant simple : la Bête désire la Belle... l'idéal étant que cette dernière tombe sous le "charme" de la Bête.

 

 

21 août - 11h29

Jeane, Jeane, Jeane,

Quel beau jour ! Grâce à vous.

Je retrouve toute puissance. Mon désir de vous conquérir est sans équivalent et sans limite.

Je rumine. Je tourne en rond dans ce labyrinthe. Je trépigne. Fuyez avant que je ne vous pénètre et ne vous dévore ! Courez ! Car mon appétit n'aura de fin que lorsqu'après vous avoir prise, je m'éterniserai en vous.

Terriblement vôtre,

M.

 

21 août - 18h38

Jeane,

Pourquoi ne m'as-tu pas envoyé un sms ?

Je me suis baladé avec le portable toute la journée ; je l'avais même oublié sur une table de la médiathèque. Heureusement que je l'ai retrouvé !

Bonne soirée.

 

 

22 août - 00h24

Ma Dame,

Je ne vous remercierai jamais suffisamment d'avoir réveillé ce jour avec tant de douceur. Votre gentillesse sans pareille et votre humanité m'ont ainsi permis de goûter enfin à l'allégresse et au succès d'un corps trop longtemps endolori. Le clair soleil que vous m'avez servi au pied de mon lit a bouillonné jusqu'au plus profond de mon être et irradié mes pensées toute la journée. Grâce à vous, j'ai vu se dessiner à l'horizon de nouvelles perspectives tant personnelles que professionnelles et lu l'amour partout, à chaque coin de rue, dans les pages cornées de livres sortis au hasard des rayons surchargés d'une bibliothèque et même dans le battement d'ailes d'un papillon curieux de la vie qui s'offre à lui. Le temps semblait comme suspendu et, malgré la distance qui nous sépare toujours, vous m'avez paru plus présente que jamais.

Votre éternel obligé.  

M.

 

22 août - 17h49

Ma bien-aimée,

Comme à l'accoutumée, votre retour épistolaire m'enivre d'hallucinations et de vifs sentiments. La magie de vos termes transforme mon quotidien et me transporte vers un ailleurs où l'imagination triomphe. Là, au milieu de perspectives alambiquées, nos regards se croisent et se comprennent. Autour de nous, des éléments architectoniques chamarrés alternent avec une nature mystérieuse et onirique, comme celles peintes par le douanier Rousseau. N'y voyez pas un refuge introuvable ; il s'agit plutôt d'une atmosphère atemporelle et apaisante dans laquelle l'amour se consomme et se consume en toute innocence, naïvement.

Me voici donc dans un état de jubilation contraire à que je vivais depuis votre départ pour Lyon. En effet, cette joie retrouvée supplante à présent mes craintes de ne plus pouvoir lire votre passion et d'apprendre par moi-même la fin de notre relation. Troublantes ces sautes d'humeur ! Ces sottes humeurs seraient-elles le signe évident d'un amour cyclothymique ? Je vous laisse le soin d'évaluer mon pronostic.

Ces « espaces secrets et intermédiaires » entre virtualité et réalité dans lesquels mon âme vibre à la lecture de vos lettres m'ont persuadé de construire une séquence de français sur le thème de l'imaginaire de l'île (je ne vous en voudrai pas d'entendre ici l'imaginaire de Lille) à partir d'un groupement d'oeuvres littéraires et artistiques. Territoire fictif autant que réalité géographique, l'île n'accueille-t-elle pas les phantasmes et les idéaux des penseurs et des créateurs ? Monde fini ou fragmenté, lieu utopique ou point d'ancrage, morceau de terre naturel ou artificiel, l'île est, me semble-t-il, à la fois un espace pour rêver le monde et un rêve pour affronter la réalité.

C'est encore à vous que je dois ce que je vis aujourd'hui. Aussi, vous conviendrez que notre correspondance n'a rien de puéril, ni de superficiel ; au contraire, elle est le vecteur de grands sentiments.

Votre fidèle admirateur,

M.

 

 

23 août - 14h22

Pluie battante, léchant goulûment les vitres. Documents épars dans mon bureau, rappel d'un travail inachevé. Inévitables appels interminables d'amies et de collègues sur msn troués d'exaspérants silences : quelle perte de temps ! Et Sollers qui, depuis mon adolescence, m'agace par sa facilité déconcertante à écrire sur tout et sur rien. Je lui en voudrais presque d'être ce qu'il est s'il n'avait pas refusé de publier le premier roman d'Amélie Nothomb ! Quelle erreur commerciale pour un directeur de collection... et quelle décision affligeante quand on connaît le talent de cette philologue belge. La matinée s'achève déjà sans qu'elle n'ait vraiment commencée.

Je n'ai du temps que pour vous seule. Le vent déchaîne à présent sa colère... Eole croit peut-être qu'en soufflant sur les nuages, le temps se contractera. Le pauvre, il ignore la théorie d'Einstein ! Je prend donc au temps le temps qu'il me faut pour n'être qu'avec vous.

Sollers sans soleil. Ecrivain-prophète qui brise à la herse ses textes pour faire des « joyaux ». Il n'empêche que, vous et moi, n'avons su lire intégralement une de ses oeuvres. Un article ou un extrait bien choisi nous suffit pour entrevoir sa psychanalyse désabusée de nos codes culturels. C'est ainsi qu'il me plaît. Pas vous ?

Midi passé. Faudrait peut-être que je me prépare quelque chose à manger. Les mèls s'entassent dans la messagerie. Les réponses seront donc expéditives. Avec vous, je vis l'exclusivité. Vous êtes le monde qui se laisse découvrir avec langueur. Mon Eden. Pas de frontière, ni de mer à traverser. Quintessence de l'amour. Jouissance absolue.

L'intérêt que je porte au mythe du Minotaure, et par là même mon identification à cette créature fantastique, découle d'une tête de jeune taureau que j'ai peinte vers l'âge de vingt ans et qui fut interprétée par un plasticien comme un autoportrait en raison des caractéristiques formelles ambigües. Selon lui, j'avais synthétisé dans la représentation de cette tête de bovidé ce qui me définissait : désir de domination, impétuosité naturelle / immaturité, vulnérabilité...

Par ailleurs, j'ai commencé l'écriture d'un court récit autobiographique qui se veut aussi une relecture de ce mythe gréc. Je le publierai, peut-être un jour sur mon site. C'est un texte sombre, presque testamentaire – un requiem, me direz-vous – et imagé dans lequel j'applique de manière obsessionnelle les différents procédés stylistiques qui singularisent – j'ose le croire - mes écrits (jeux sur les sonorités, sur le sens des mots au détriment parfois du sens général d'une phrase ou d'une idée, recherche d'une prosodie qui introduit dans le phrasé une dimension poétique rendant toute catégorisation impossible...).

Légère éclaircie en ce début d'après-midi soulignant la poussière de mon bureau en désordre qui me rappelle à l'ordre. Or, je ne peux être productif qu'une fois acculé par le temps. Je laisse donc en suspens ce que j'ai entrepris la veille pour vivre avec vous. N'êtes-vous-pas-prioritaire-sur-tout ?

Je vous aime tant.

 

 

25 août - 06h10

Mon adorée,

Votre image est charmante ; votre allure presqu'estudiantine que vous donne votre monture est plus aimable encore : vous feriez chérir le plus insensible des enseignants. Je vous ai tant admiré sur cette photographie que je regrette déjà les mots que je couche sur cette page tant ils ne peuvent honorer votre grâce. Je me console cependant à l'idée de savoir que les plus beaux vers des grands poètes n'ont jamais illustré pareille beauté, ni décrit la gloire et le plaisir que m'assure votre splendeur. Je vous remercie donc de cet agréable présent : il conforte la passion si vive qui m'anime depuis que nous nous livrons secrets et confidences les plus intimes.

Bien à vous.

M.

 

25 août - 23h07

Coquine,

Je viens de consulter mon téléphone : un message oral ! Quelle surprise ! Vous êtes courageuse.

Même si votre voix trahit un certain malaise, vous avez osé ce que je n'aurais su faire.

Demain, je vous appellerai... je vous le promets. Mais avant de vous contacter, sachez que j'ai écouté trois fois votre voix.

Je suis ému... profondément ému.

Notre histoire est hallucinante. Je la trouve très originale.

Vous êtes incroyable.

Je vous adore.

M.

 

 

28 août - 01h07

En feuilletant un magazine, j'ai lu par curiosité mon horoscope : "Amour : vous prenez le temps de découvrir une personne qui vous attire."

C'est amusant, non ?

 

28 août - 19h05

Bonjour mon amour,

Les vacances s'achèvent pour nous ce week-end. Je vais profiter de votre indisponibilité pour construire quelques cours. Vous me manquez atrocement.

A bientôt.

M.

 

28 août - 19h34

Ne croyez pas que la tache me soit facile... j'avance à petits pas dans la préparation des cours. Je n'ai réalisé que 50 % de ce que j'avais prévu (si cela vous intéresse, j'ai travaillé sur une thématique d'histoire "être ouvrier en France de 1830 à 1975").

Vous aussi occupez toutes mes pensées... toutes ! Je ne peux même plus vous dire combien je vous aime.

 

28 août - 20h05

Et moi, j'ai envie d'être avec toi... de te parler, de te toucher, de te sentir, de t'écouter, de te regarder, de t'embrasser... de t'aimer. Ton absence m'est très douloureuse. J'ai comme un goût amer dans la bouche. J'ai mal à la tête. Je n'ai envie que de toi. Je suis fatigué. Je ne supporte rien... tout m'énerve, m'agace, m'irrite.

Nous devons nous voir.

Tu es en moi. Tu es à moi.

Je découvre une situation, un état qui ne m'est pas familier. J'en souffre.

Je t'aime rageusement.

 

28 août - 20h20

Ma femme,

Tandis que les secondes s'égrènent comme tombent les soldats sur un champ de bataille, je déplore en silence votre absence ce soir.  

Votre beauté sans égale en ce monde l'éclaire, en ce moment, sur ces vérités ; j'en suis persuadé. Au centre des accointances et familiarités nouées en l'occasion de votre départ prochain, votre personne resplendit et suffit, par sa flamme, à confondre amitiés et âmes de celles et ceux qui vous contemplent et vous écoutent maintenant. Et si, parmi cette assemblée, vous ressentiez une gêne quelconque, c'est que mon souffle vient de vous traverser.

Avez-vous songé, mon amour, que l'on puisse bientôt m'interroger sur mon état ? Que dirais-je, Jeane, si l'on me pressait d'avouer la raison des sentiments qui m'animent ? Comment exposerai-je ce qui ne s'exprime pas ? Mon silence trahirait avec évidence mon embarras et les questions s'accumuleraient m'irritant de surcroît.  

Vous m'écrivez à l'instant que votre situation ressemble à celle que je développe ici même. C'est tout naturellement que je vous aiderai à la simplifier.

Je répondrais donc à l'importun, qu'il existe en moi une force inexplicable qui me lie fatalement à vous et, qu'avant même de vous avoir vu et des rapports que l'on attend d'un couple, nous nous sommes embrassés mille fois par nos noms et par nos mots. Je préciserai qu'avant même notre première rencontre, notre correspondance nécessite plus d'efforts que n'exige une quelconque relation. Et, si mon barbant en attend davantage encore, je lui ferai entendre tendrement à l'oreille : « parce que c'est elle ; parce que c'est moi ».

Le temps et la distance pourront toujours m'éloigner de vous ; je sais qu'il n'y a ni commencement ni fin à l'intelligence de notre union déjà parfaite. Je suis si épris de vous que je n'ai point de temps à perdre pour suivre le dessin des amours fades et consensuelles. En vérité, je vous le dis, je vous ai trouvé depuis toujours.

Votre éternel amant.

M.

 

28 août - 20h44

Comme je vous comprends. Comme je vous entends. Vous étiez en moi depuis si longtemps ; je m'en aperçois seulement maintenant. Notre rencontre est écrite dans l'histoire des hommes et c'est aujourd'hui que nous lisons cette page.

Ne vous inquiétez de rien. Même si votre absence m'est en ce jour insupportable, je vous attends. Je vous ai toujours attendu et vous attendrai indéfiniment.

Ô ma Jeane, vous qui m'êtes si chère, imaginez ce qui vous plaît, interprêtez mes mots selon vos souhaits : vous y décelerez mes pensées, mes désirs et mon engagement à vos côtés.

 

28 août - 20h58

Je ne puis rien faire d'autre que de vous écrire. Vous devez comprendre qu'en dépit de mon expérience, je suis assailli par de nobles sentiments qui me sont inconnus. Je dois vous en faire part, sachant que cet exorcisme ne me soulagera pas de votre absence, ni de votre éloignement. J'organise donc du mieux possible cet assaut de sensations étrangères pour mieux vous les restituer très prochainement, avant même que vous ne vous endormiez. Je vous aime solennellement. Je vous aime pour le restant de mes jours. Il ne peut en être autrement, j'en suis convaincu. L'amour ne peut exister sans vous.

 

28 août - 22h58

Ma promise,

J'ai honte de vous écrire qu'il m'est encore possible d'observer ce qui m'entoure ; tout galant homme aurait déjà renoncé à maintenir les yeux ouverts dans un univers privé de votre magnificence. Je ne peux que me reprocher d'exister là où tout n'est que déplaisir et tristesse, accablement et solitude, toujours si loin de vous. Cependant, la chose n'étant point aisée, je survis dans l'impatience de vous caresser un jour et de vous chérir jusqu'au crépuscule de ma destinée.

J'ose croire que le ton que je m'efforce d'employer ce soir saura traduire mon agitement mais aussi mon impuissance à vous rejoindre. Si je vous ai offert mon âme, je meurs chaque jour un peu plus de ne savoir vous combler de tout mon coeur et de tout mon corps. L'on pourrait me dire que je ne suis pas à plaindre tant vos réponses sont au nombre et au caractère de la sincérité et du plus grand dévouement à mon égard, je ne parviendrai guère à me faire à ce que je ne m'y suis point préparé.

Quelle affreuse contradiction m'habite en cet été finissant ! Tandis que la douleur et les regrets règnent dans les parties les plus viles de ma nature, la douceur et l'espoir d'un avenir meilleur occupent la plus haute place de mon esprit. Je vous y vois confiante et radieuse telle que vous paraissez depuis que nous nous sommes confiés l'un à l'autre. Ne soyez donc point surprise de lire ici même les peines de mon coeur et les félicités infinies de mon âme quand vous me faîtes don de tant d'amour.

Malgré ces contrariétés, je ne troquerai pour rien au monde ma fortune de pouvoir vous écrire et vous entendre. Je sais aussi, ma Dame, que vous vous interrogerez encore sur le sens à accorder à chacune de mes tournures et aux vocables que j'use pour vous définir. Je vous conjure de ne chercher ailleurs ce qui est sous votre nez sinon, apprenez-moi le terme qui conviendrait mieux pour sceller notre alliance que celui qui ouvre ce billet.

Votre éternel cavalier.

M.

 

28 août - 23h43

Jeane,

Je vous interdis de tels propos ; je vous ai choisi d'entre mille pour l'unique raison que vous valez davantage que toutes les femmes de tous les âges.

Permettez avant que je ne me retire de vous pénétrer une fois encore. Sachant votre intérêt pour la fatalité et les coïncidences, je voudrais vous rappeler que ce sont les vers de La Fontaine qui nous ont rassemblés et que c'est dans la langue de Molière que nous couchons en ce lieu nos sentiments. 

 

PS : Si j'avais le talent d'Alfred de Musset, je vous aurais adressé aujourd'hui la même lettre acrostiche que celle qu'il envoya en son temps à Georges Sand. Si vous la méconnaissez, je vous invite à la lire au plus vite sur le net.

 

 

30 août - 10h54

Bonjour mon amour,

Tu as pensé à m'écrire... c'est gentil.

Je te souhaite du courage pour ce lundi (au soleil ? es-tu sûre ?) de reprise.

J'ai mille choses à faire aujourd'hui. Mais tu peux m'appeler quand tu veux...

Je t'aime à la folie, passionnément...

 

 

31 août - 22h09

J'éprouve autant de plaisir à t'écrire que tu en as à me lire. Je ne pouvais donc te quitter ce soir sans t'adresser ce billet, support de mon amour.

Si tu parviens à imaginer l'infini, tu connaîtras alors l'étendue de mes sentiments pour ta personne.

Tu es mon bonheur, ma femme.

Et c'est toujours avec ton image et ta voix que je m'endors.

Fidèlement.

M.

 

 

01 septembre - 17h52

Jeane-mon-amour,

Notre coup de fil m'a rendu fou de joie. Plus j'en apprends sur toi, plus tu me plaîs.

Je t'aime toujours plus ! et toujours plus, et toujours plus.

J'aime ce que tu es.

M.

 

 

02 septembre - 20h39

Bonsoir Jeane,

Je suis désolé de te répondre aussi tardivement. Les premiers jours de rentrée ne sont jamais faciles à organiser.

As-tu toujours ces maux de tête ? Si tel est le cas, ouvre la fenêtre, car je t'envoie un millier de baisers guérisseurs.

Médicalement ton,

M.

 

02 septembre - 23h38

Mademoiselle,

Je ne peux tout de même pas croire que vous renoncez déjà à nous ? Vous m'avez écrit mille fois votre amour. Non, je ne veux pas y croire.

Je crois que vous me boudez (j'aimerai vous voir bouder). Et vos douleurs n'arrangent rien à l'histoire. Vous auriez pu mieux me renseigner sur votre céphalée.

Reposez-vous en toute tranquilité. Je vous oblige à vous reposer. Je vous aime... vous et votre caractère !

M.

 

 

03 septembre - 07h44

Bonjour Jeane,

La nuit fut agitée. J'ose espérer que la vôtre a soulagé vos souffrances.

Je ne sais si je dois encore vous écrire.

Je vis difficilement vos moments de colère surtout si vous les exposez au monde entier par le biais du Rézosocial.

Je ne vous comprends plus. Vous m'écriviez votre amour ; aujourd'hui vous le taisez. N'attribuez-vous donc aucun sens, aucune portée, aucune valeur aux mots ?

Je vous aime beaucoup, Jeane. Et je crois que si l'on s'était déjà rencontré, vous m'auriez rejeté plus vite encore.

Il faut me préparer et partir au boulot.

Bonne journée.

M.

 

 

05 septembre - 00h32

Ma muse,

Alors que la nuit s'est effondrée lourdement sur Lille en liesse devant les étals de vendeurs occasionnels, je hausse la voix pour vous appeler parmi les étoiles qui illuminent ce ciel d'été finissant. Les douze coups de l'horloge ont déjà sonné le glas d'une soirée sans vous.

Mes paroles pourraient vous conter bien des choses encore à mon sujet et vous interroger sur vos réelles intentions puisqu'il me tarde de prendre une voie qui me conduira vers ce que j'attends depuis si longtemps. Au milieu du désorde qui envahit mon espace, j'ai murmuré le probable en espérant la certitude de vous savoir mienne jusqu'à la fin des temps.

Votre enthousiasme et votre attention orientent depuis plusieurs semaines mes sens et vos missives me parviennent toujours droit au coeur. Enchanteresse Jeane qui berce mon âme de chants mélodieux, je songe comme Chateaubriand en son temps à « marier avec ivresse la pensée du danger à celle du plaisir. »

En moi résonne à chaque instant votre douce voix innocente qui ne se lasse jamais de prononcer la folie de l'amour. Mon corps vibre ainsi au rythme de vos sonorités comme s'il caressait les ondulations de vos désirs. Je frémis déjà à l'humidité de vos lèvres entrouvertes accueillant mes rêveries les plus secrètes.

M.

 

 

11 septembre - 00h22

Mon amour, mon véritable amour,

Votre silence m'ankylose plus que mes douleurs. Je ne parviens plus à supporter l'improbable, moi qui me croyais si fort. Ma santé déclinant chaque jour ne doit être notre fardeau. Aussi, je vous supplie de renoncer à vos espérances et de m'oublier. Vous êtes si jeune ; vous êtes si belle.

Vous m'avez apporté ces derniers semaines plus que vous ne l'imaginez. Chaque seconde s'écoule au rythme de votre voix. Je n'ai pu entreprendre sans vous imaginer et, nombre de signes que l'on jugerait insignifiants me rappellent constamment à vous.

Je sais qu'il appartient à chacun de vivre sa vie.

Je me suis tant confié à vous qu'il me paraît évident de vous informer que je ne puis plus exister dans de telles conditions. Je vous ai caché, de peur de vous perdre, ce qui fait mon quotidien. Hélas, je n'y parviens plus.

Je vous aime parce que vous êtes ce que je me suis toujours imaginé. Vous êtes - j'en suis convaincu  - celle que je voulais croiser à l'angle d'une rue. Celle que je désirais embrasser sous la pluie.

Mais, la vie est un jeu. J'ai en main de très mauvaises cartes. Je vous serai gré de ne plus me regarder perdre.

Avec toute mon affection,

M.

 

 

12 septembre - 23h12

Bonsoir Jeane,

Je n'arriverai pas à me coucher sans t'écrire quelques mots, ou du moins, recueillir quelques nouvelles de ton séjour à Deauville. Je ne sais si tu es rentrée à Paris... je ne sais même pas si je dois t'envoyer ce message.

C'est long un week-end.

Tu m'as manqué.

M.

 

 

14 septembre - 23h07

Jeane,

Soyez certaine que je vous écrirai encore puisque vous m'inspirez toujours. Je puis même vous dire que, dans mon esprit, vagadondent mille pensées, mille idées qui attendent de fleurir sur papier.

Enfin, apprenez que la douceur de votre visage m'invite surtout à vous embrasser. Ne m'en veuillez pas pour la trivialité de certains propos de ce soir, car, s'il est vrai que je sais être vulgaire, je demeure avant tout sensible à votre charme.

Bonne nuit Jeane.

 

 

15 septembre - 22h06

Mon amour, vous me manquez.

Vous manquez mon amour ce soir qui marque son manquement d'amour.

Mon amour vous mord. A mort donc cet amor sans mors ?

Or, mes projets et ma manière sont nés de vous ce jour ; je cède à l'initiative de mon humeur, aux volontés et aux caprices de mes paroles imprégnées de la réalité de vos mots que la virtualité m'adresse. Je reprends et rejoue donc votre tenace patience qui rythme mes journées comme les notes scandent la partition du musicien. Voici encore ma nécessaire confusion d'une démarche paradoxale qui, dans sa détermination de nommer les choses privilégie l'inspiration incontrôlée que votre expression impose. Somme toute, nous sommes identiques dans notre effort de réifier la parole et de parler des choses.

Moi qui ne peux se passer de vous.

 

 

16 septembre - 15h50

Jeane chérie,

Je demeure attentif à vos petits gestes, à vos doux messages anodins qui précisent chacun de vos déplacements. Et aujourd'hui encore, vos petits mots m'ont permis de rester fort face à tous les soucis rencontrés. Laissez-moi vous en conter quelques uns.

Ce matin, le proviseur me contacte pour prendre en main une jeune prof qui n'a jamais enseigné. Ce que je fis naturellement (et bénévolement) de 9h30 à 10h et de 11h à 15h. Alors que je formais cette nouvelle recrue, les ouvriers qui oeuvraient chez moi m'informèrent par téléphone que la toiture de la cuisine était en branle. La facture s'alourdit donc et le désordre s'accumule. Je vous fais grâce des détails qui ponctuent ma vie de père.

Aussi, je vous remercie encore de votre présence épistolaire qui me soutient et me sourit.

Petit détail qui a son importance : j'aime votre façon de signer vos messages. C'est concis, original et amusant.

Votre M.

 

 

17 septembre - 19h57

Bonsoir Jeane,

Journée de fou : je ne suis disponible que depuis quelques minutes.

J'espère que votre séjour à Roubaix fut enrichissant. Etes-vous de retour à Paris ?

Je vous couvre de baisers...

M.

 

 

 

MG - 26 juin 2012.

 

 

 

Lire aussi :

- Un ange blonde - Chapitre 1 : Le temps de la découverte ;

- Un ange blonde - Chapitre 3 : Le temps des décisions.

 

 


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