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La rhétorique de Michel Meurdesoif

Publié le par MG

Michel Meurdesoif prononçant un discours sur la place Jean-Jaurès à Aniche le 1er mai 2016.

Michel Meurdesoif prononçant un discours sur la place Jean-Jaurès à Aniche le 1er mai 2016.

Maire honoraire de la ville d'Aniche (59580), Michel Meurdesoif reste l'homme politique à la fois le plus décrié et le plus encensé depuis près de 40 ans1. Ses actions surprennent tant elles paraissent transgresser le supportable pour mieux souligner la responsabilité de la communauté dans le domaine social, économique et culturel. Sa pratique a été et est encore discutable.

 

Cependant, Meurdesoif est surtout connu des Anichois et des habitants des communes avoisinantes pour son éloquence en milieu public. Linguiste passionné, il se distingue par sa pleine maîtrise des règles destinées au discours. Sa rhétorique est implacable. Le tribun excelle dans l'art de trouver, d'exposer, d'accompagner gestuellement et de mémoriser des arguments en vue de convaincre.

 

Ses prises de parole aussi persuasives soient-elles, suivent un schéma soigneusement élaboré. L'enregistrement des délibérations réglant les affaires de la commune d'Aniche2 permet l'analyse de sa stratégie pour faire connaître sa position et ébranler ses contradicteurs. Aussi, retrouve-t-on dans ses allocutions un effet de logique et un procédé oratoire presque systématiques.

 

Dans la plupart de ses discours, Michel Meurdesoif recourt d'emblée à l'argument de l'ironie3. Cette ressource astucieuse, souvent perçue comme une clairvoyance, s'avère une arme redoutable dans un débat polémique visant le ou les interlocuteurs. Qu'elle s'appuie sur une évidence feinte, un jeu de mots ou un paradoxe, l'ironie révèle dans tous les cas l'imagination de celui qui l'emploie.

 

L'ironie joue et se joue du grotesque d'une situation donnée ou d'une parole prononcée par l'adversaire et reprise par le locuteur. Les interventions de Meurdesoif construites à partir de quelques exemples retenus s'apparentent à une escalade verbale qui mène son auditeur à prendre conscience du déraisonnable de son action ou de son propos voire à infirmer ses valeurs.

 

La joute verbale ne peut donc se poursuivre à moins de paraître irraisonnable. Si Michel Meurdesoif fait un large usage de cette argumentation à la fois contraignante et spectaculaire dans laquelle les mots judicieusement choisis agissent comme une sentence, c'est parce que les moindres références tournées en dérision qui structurent son propos conduisent inévitablement à une péroraison qui mettra un point final au discours rendant ainsi illégitime toute contre-argumentation.

 

1. D'abord conseiller municipal, Michel Meurdesoif (né en 1948 à Sin-le-Noble) est élu maire d'Aniche de 1989 à 2014.

2. Les délibérations sont consultables sur le site officiel de la ville d'Aniche.

3. Michel Meurdesoif utilise aussi, mais plus rarement, certains arguments quasi-logiques (règle du précédent, argument par inclusion...), l'argumentation par les valeurs et celle par autorité.

 

MG - 7 janvier 2017.

Intervention de Michel Meurdesoif au Conseil municipal d'Aniche le 13 décembre 2016 au sujet de la dénomination du parking face au collège Théodore Monod :

"Nous ne sommes même pas surpris de cette proposition. Elle germait depuis longtemps dans la tête de l’adjoint aux fêtes, sans doute avant que son initiateur en politique ne glisse du gaullisme au Front National. Et puis j’avais accepté, à l’occasion de l’anniversaire de l’Appel du 18 juin, la pose d’une plaque commémorative en même temps qu’était installée une exposition. Nous sentions bien que, dès que le moment opportun se présenterait, le souhait de voir ériger une sculpture du Général, se transformerait en exigence.

 

Les lecteurs attentifs du Journal Officiel n’ont pas manqué de relever en juillet, l’annonce de la création d’une nouvelle association à l’objet social unique : l’élévation d’un monument à la mémoire du « Général ».

 

Certains m’interrogent sur le lien entre Aniche et de Gaulle. Je suis bien en peine de leur répondre mais les habitants des 3900 communes françaises qui ont dénommé de Gaulle, une rue, un rond-point ou une place, ont généralement accompagné avec plus ou moins de célérité le mouvement qui fait de de Gaulle la dénomination la plus courante en France. D’autres chercheront une correspondance dans les dates. Mais 2017 ne fait écho à rien dans la vie du grand homme, si j’en crois la chronologie qu’affiche Wikipédia.

 

De Gaulle est mort depuis 46 ans et il n’y a plus beaucoup d’acteurs vivants des temps de la France résistante. Quant à l’héritage idéologique du gaullisme, il est revendiqué par tant de soi-disant descendants que l’on finit par en oublier le contenu : de Chevènement à Philippot, en passant par Juppé, Fillon, Dupont-Aignan, tous s’en réclament pour asseoir une légitimité.

 

Votre aspiration à bâtir un lieu de mémoire, de recueillement, à rechercher une identification, participe de vos efforts constants à déconstruire et à réécrire l’Histoire. Il y a eu la disparition du bureau des maires, le démontage des plaques des bâtiments publics sous le prétexte de les mettre à l’abri à l’intérieur, la tentation de faire disparaître le Monument du verre et du charbon, la suppression du défilé du 1er Mai, l’enlèvement de plaques commémoratives au caveau-souvenir maintenues grâce à la vigilance de nos amis, etc.

 

Nous ne sommes pas dupes. Vous avez revendiqué votre appartenance à cette famille politique, en accueillant avant les Européennes Tokia Saïfi, les membres de l’Alliance du Douaisis avant les cantonales, le comité départemental de l’UMP, le 22 février 2016, etc. C’est votre droit. Même si vous proclamiez haut et fort pendant la campagne électorale des municipales votre apolitisme.

 

Nous ne nous opposerons pas à la dénomination que vous proposez, d’autant que les plus anciens de notre bord politique ont soutenu le Général de Gaulle quand il a refusé l’intégration dans la Communauté Européenne de Défense, quand il a fait sortir la France de l’OTAN , et les Américains de France, quand il a reconnu les pays du système dit socialiste, quand il a prononcé le discours de Pnom-Penh. Mais nous ne prendrons pas part au vote. C’est votre choix, nous vous laissons l’assumer."

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